Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

« Mon expérience au CTEB me permet de voir

le monde sous un autre angle. »

Rencontre entre une adolescente et les livres illustrés pour jeunes aveugles.

Léanor a 14 ans. Elle voit, elle lit beaucoup, elle aime le journalisme et écrire des scénarii depuis plusieurs années déjà. Élève au collège Condorcet de Nailloux (31), cet esprit attentif et curieux vient découvrir nos métiers à l’occasion de son stage de troisième et nous prêter main forte. Si nous allons souvent au-devant des scolaires pour sensibiliser, expliquer, faire expérimenter le braille et l’univers de celui qui est privé de la vue, cette fois-ci, c’est l’une d’entre eux qui nous regarde et qui nous fait part de ce qui l’a le plus touché : la réalisation des livres illustrés pour les jeunes aveugles. Des reliefs pour ceux de son âge qui dévorent des histoires avec le bout des doigts. Retour d’expérience et tribune libre…

« Lors de mon stage d’observation à Cteb, je suis allée au service d’adaptation d’illustrations. Je me suis tout de suite souvenue des livres que mes parents me lisaient lorsque j’étais toute petite. Je me suis dit qu’il était nécessaire que ces dessins qui ont nourri mon enfance soient accessibles à tous.

Enfant, il y a forcément un livre qui vous a marqué, qui a bercé votre jeunesse. Peut-être était-ce « Le club des Cinq », « Mickey » ou dans mon cas « Drôles de petites bêtes ». Ce qui est sûr, c’est qu’ils étaient illustrés.

Les livres permettent aux enfants une première approche de notre culture, d’apprendre les principes de notre société. On y retrouve souvent de belles morales. Ces histoires participent au développement de l’enfant. Grâce à elles, ils développent également leur imaginaire. Elles sont donc importantes. Dans ces livres jeunesses, les images racontent tout autant l’histoire que les mots. Nous les comprenons visuellement.

Mais ici, au Cteb, ces illustrations doivent être adaptés en relief pour être comprises avec les doigts, seulement par le biais du toucher. Ce qui n’est pas aussi simple qu’on peut le penser. Pour être décodés, les éléments ne doivent pas se superposer. Le dessin doit être simple pour pouvoir facilement situer et identifier les objets.

Les couleurs ne servent qu’au lecteur voyant qui accompagne l’enfant. Et il est difficile de se mettre à la place d’un enfant malvoyant. Comme pour apprendre à parler, nous associons des choses (concepts, émotions, objets…) à ce que nous voyons : le feu est rouge ou orange et représente la colère, une étendue bleue représente la mer… Les enfants non-voyants associent-ils donc ces concepts à ce qu’ils ressentent par le toucher ou les émotions que ça leur fait ressentir ? Nous vivons dans un monde très visuel où nous ne prenons pas assez le temps de nous attarder sur nos autres sens.

Je ne connais pas de malvoyants, de malentendants ou bien d’handicapés moteur. Et je pense que ce n’est pas normal. Je suis très jeune, certes, mais je pense que notre société n’est pas encore assez ouverte à eux. Si je n’en côtoie pas autour de moi, est-ce à dire qu’il n’y en a pas ? Que le problème est minime ? On dit faire en sorte de les intégrer à notre société donc où sont-ils dans ma vie de collégienne ?

Le Cteb, par la littérature pour les tout-petits comme pour les adultes, donne les clés d’une porte qu’il ne faut pas hésiter à ouvrir. J’ai été agréablement surprise et très touchée en passant le seuil de leur association, et je suis très heureuse d’avoir pu faire mon stage chez eux. »

Léanor F.

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