Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Ateliers « Les enfants testeurs d’images »

– Mieux comprendre la lecture tactile des dessins avec les enfants –

Une princesse de conte de fée c’est quoi pour vous ? Vous la dessineriez comment ? Une femme avec une grande robe et un beau chignon orné d’un diadème ? Et pour différencier Cendrillon de la belle au bois dormant….vous lui rajoutez quoi ? Sous votre crayon, un portrait de chat c’est une tête, des oreilles pointues, des yeux, une truffe et des moustaches non ? Mais alors un tigre, vous le représentez comment ?

Les personnes qui ne sont pas mal ou non-voyantes et qui ont déjà joué à des jeux de dessin comme le Pictionary ou « Dessiner c’est gagner » savent de quoi je parle. Ils ont tous connu ce moment de solitude et le regard contrit de leurs coéquipiers en réalisant à quel point ce qu’ils connaissent par cœur dans leur tête n’était pas si facile à faire deviner sur le papier.

Si le sens des mots s’établit à l’initial lentement par un consensus entre plusieurs personnes et la répétition de son utilisation, celui des formes aussi. Dès notre plus jeune âge nous apprenons ces conventions : des traits en étoile autour d’un cercle suffisent pour indiquer le soleil, un « V » au feutre et c’est un oiseau qui s’envole.

Puisque le Centre de Transcription et d’Édition en Braille (CTEB) adapte de plus en plus de livres jeunesse en braille et illustrés en 3D, l’association a ressenti le besoin d’aller à la rencontre de ses futurs jeunes lecteurs aveugles et de faire tester son travail. En voici les arcanes.

Pour en savoir plus, lisez l’article « les secrets d’un dessin en relief » ici :

https://www.cteb.fr/article-les-secrets-dun-livre-illustre-en-relief/

Chapitre 1 : l’atelier « Enfants testeurs d’images », c’est quoi ?

C’est autour de sa grande saga des classiques de Walt Disney que nous avons conçu et proposé cette première rencontre avec nos « utilisateurs finals ». En savoir plus sur les détails de cette saga adaptée en braille ici :

https://www.cteb.fr/les-grands-classiques-de-walt-disney-en-braille/

Le projet Disney pour les plus jeunes, comme celui sur la saga entière de Harry Potter pour les adolescents, nous tient particulièrement à cœur. Il nous semble important de pouvoir apporter des illustrations à chaque conte Disney afin que les enfants puissent découvrir sous leur doigts la représentation de leurs héros. C’est aussi l’objectif plus large de rendre par ces illustrations en relief l’apprentissage de la lecture tactile plus ludique, plus respirante et plus adaptée à l’âge du jeune lecteur, qui, comme nous l’avions établi dans une étude nationale sur les jeunes lecteurs braillistes réalisée en 2017, a besoin de livres parfois destinés à une tranche d’âge plus jeune que la sienne pour s’entrainer progressivement.

Le rayon braille de la médiathèque José Cabanis À Toulouse on a de la chance. Nous avons le Pôle « l’œil et la Lettre » de la grande et belle médiathèque José-Cabanis. Livres adaptés, FALC, braille, numérique, audio, DVD, équipements spécifiques, animations accessibles, service de portage à domicile, le pôle de la médiathèque est dédié à tous les handicaps, dynamique, chaleureux et professionnel. Pour en savoir plus sur leurs services ou pour leur rendre visite, cliquez ici : https://www.bibliotheque.toulouse.fr/bibliotheques/mediatheque-jose-cabanis/pole-loeil-et-la-lettre/ 

Et c’est en son sein, avec l’expertise et la bienveillance de Jean-Michel Ramos, bibliothécaire déficient visuel de ce département de la médiathèque, que nous avons pu commencer à accueillir Chléo, Emna, Samuel, Marvin, âgés de 9 à 13 ans, leurs parents et éducatrice. Un chaleureux merci pour leur participation afin de nous aider à développer les meilleurs livres illustrés possibles !

Présentation des ateliers aux enfantsAvec un lieu espacé et confortable, chacun-e de nos testeur-ses en herbe a pu profiter d’un binôme avec un adulte et d’une table pour soi. La lecture tactile demande une bonne dose de concentration et le bruit est un facteur dispersant, fatiguant alors même que l’on reçoit des consignes et des demandes multiples et précises. Pas aussi simple qu’on ne le croit ! Conscientes des difficultés pour les enfants à tenir cette première expérience, Marie-Valentine Garcia, Agnès Cappelletto et Adeline Coursant du CTEB avaient pris soin d’établir un protocole adapté à eux.

 

Chapitre 2 : Blange Neige, Cendrillon, La belle au bois dormant, La belle et la bête, Ratatouille, Les Aristochats, Pinocchio, Le roi lion, Le livre de la jungle, Dumbo, Nemo, Bambi, rentrent dans la danse.

Dessins tactiles de Baloo et MowgliLes illustrations présentées sont les adaptations en relief des personnages principaux des dessins animés de Walt Disney. Placés sans fond une page, ils sont accompagnés de leur nom en braille. Les illustrations sont données nues, sans rappel à l’histoire de Walt Disney qui les contient.

Si un texte « en noir » nous dicte instantanément par son écriture de gauche à droite et par sa succession de lignes vers le bas un sens de lecture, ce n’est pas chose acquise pour des dessins sans vignette (le cadre d’une image dans une bande-dessinée). Par où commencer ? Que toucher en premier ? Comment faire le lien mental entre les différents éléments touchés dans l’ordre qui a été le nôtre spontanément ? Là aussi, une première expérience est nécessaire et la répétition de celle-ci mène à notre apprentissage, comme tout un chacun. Il a donc fallu inciter les enfants à entrer dans une logique de lecture.

 

Chapitre 3 : comprenez-vous ce que je vous touche ?

1. La lisibilité d’une image.

Agnés et Emma testent des dessins en reliefIl nous a été important de vérifier que la lisibilité d’une image tenait à l’expérience de la lecture tactile de l’enfant, au développement de sa sensibilité et fine motricité et à son niveau d’apprentissage. La lisibilité d’une image évolue avec les différentes tranches d’âge et bien entendu en fonction du degrés de déficience visuelle. Par exemple Emna, plus fine connaisseuse des personnages de Disney que les autres et qui voit un petit peu a pu avoir une lecture plus fluide et plus autonome dès le début. Pour les autres, la première lecture avec les doigts semble devoir s’accompagner des explications d’un adulte pour ne pas partir sur de fausses représentations. La classification par tranches d’âge de nos livres jeunesse dans notre catalogue en ligne se doit donc d’être bien évaluée.

 

2. Établir des repères de lecture propres.

Les textures. Quadrillées, ondulées, zébrées, avec des picots ou des ronds, les textures en vernis et en relief remplissent certaines zones du dessin pour mieux les délimiter et les mettre en exergue. Cette technologie ne permet pas (encore ?) de copier la texture réelle du matériau (poils, yeux, gants, chapeau, etc…) et l’idée d’accompagner leur présence dans les livres d’un index les recensant est à l’étude.

Les traits en relief . Si les contours des personnages ont été bien détectés, les différences d’épaisseur de traits pour certains détails intérieurs ne semblent pas avoir été réellement ressenties. Il serait peut-être judicieux d’épaissir le contour de la silhouette pour repérer la forme générale du personnage présenté ?

La tête, repère élémentaire. Les longues robes des princesses ont bien été lues et leur texture aussi. La tête des personnages, elle, est un élément central pour ensuite pouvoir se mettre en chemin vers les autres parties du corps et déterminer la posture de nos héros parfois facétieux (qui dansent, volent ou travail dans leur périple par ex). Les détails du visage n’ont pas été tous accessibles aux enfants. Pour y remédier, nous pourrions convenir d’agrandir autant que possible le visage ?

 

3. Le choix de l’image à adapter.

la princesse de la belle et la bête en reliefPour vous expliquer encore plus qu’il ne suffit pas de reprendre une image existante d’un livre et de la reproduire à l’aide d’un logiciel pour en faire une bonne adaptation tactile, voici la question du choix de la posture

En fait, c’est une des premières étapes, celle primordiale qui consiste à savoir dans quelle position sera le mieux reconnu un personnage ou un objet. Le personnage mais aussi ses caractéristiques propres. Les unes seront conservées, d’autres simplifiées, certaines purement non représentées. Pinocchio de face par exemple, ce sont les yeux et la bouche d’une tête lambda avec un petit chapeau en guise de coiffe n’est-ce pas ? Mais Pinocchio de profil, c’est une tête avec un long nez que l’histoire nous dit être la preuve de son mensonge et de son unicité ? Et si Pinocchio était représenté de trois-quarts, qu’imagineraient vos doigts ? Un Pinocchio ? Un marteau ? Un animal avec une queue ?

Puisqu’il marche dans l’animation du même nom de Disney, et si le rat de Ratatouille était dessiné debout ? Certains y verraient de prime abord un humain ou un ours ? En aucun cas un rat, qui lui, est censé se mouvoir à 4 pattes…

Et si même le simple détail du pouce levé d’une main peut induire en erreur sur la partie à identifier, que dire des Aristochats, tous chats, tous félins, tous semblables ? Comment les différencier à partir d’un simple chapeau ou d’un nœud papillon ? Vous commencez à saisir la finesse du métier ? Heureusement que l’on n’est pas parti sur les 101 dalmatiens !

 

Chapitre 4 : voila pourquoi faire des livres adaptés coûte cher.

Ils demandent du temps et de l’expérience. Trouver des équilibres dans les positions, les textures, les aides textuelles, les proportions, mettre en place ses propres recettes avec des légendes, des balises, des guides à la lecture que l’adulte saura expliciter, choisir et renoncer à certaines informations, maîtriser et s’adapter aux limites des machines utilisées pour le vernis 3D, voilà pourquoi cet atelier « Enfants testeurs d’images » a vu le jour. Pour gagner en temps, en expérience, en qualité et on l’espère comme toujours à l’association puisque c’est notre volonté depuis des années, pour baisser le prix des livres ainsi conçus.

gros plan sur la tête du roi lion en reliefToujours en recherche d’idées de développement pour favoriser l’accès à la culture et à l’information des personnes déficientes visuelles, il nous semble très important d’intégrer les difficultés qu’ont les enfants pour s’initier au braille, de développer leurs compétences et leur appétence pour la lecture. Ce projet, au service des enfants et avec leur participation, s’inscrit dans ce désir d’innovation.

 

Liens et ressources :

Nous tenons à remercier chaleureusement :

– le Centre de Lestrade ( Institut d’éducation sensorielle pour sourds et aveugles) de Ramonville-Saint-Agne ,

 https://www.asei.asso.fr/centres/cival-lestrade

– l’Institut des Jeunes Aveugles de Toulouse,

http://www.ijatoulouse.org/

– et la médiathèque José-Cabanis pour leur contribution et médiation auprès des enfants et des familles.

– Un merci affectueux à Chléo, Emna, Samuel, Marvin, et à leurs parents pour le temps qu’ils ont pris avec nous et l’enthousiasme qu’ils ont montré.

Merci pour cette chaine de solidarité si précieuse qui aura abouti à un résultat conséquent pour l’association. On va mettre tout ça en pratique et on a très envie dans l’année de préparer le prochain atelier « Enfants testeurs d’images » ! Ça vous tenterait ?

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