Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Recevoir ses relevés de compte bancaire en braille …

… le fil d’Ariane avec sa banque

Vous les attendez chaque mois à date fixe. Vous en avez besoin. Leur retard vous inquiète. Leur absence vous handicaperait sérieusement. Beaucoup n’aiment pas les chiffres ni les papiers administratifs mais celui-là, vous le demanderiez si vous ne l’aviez pas. Un document qui nous réjouit ou qui nous inquiète suivant les périodes de notre vie, quelques feuilles qui sont présentes dans l’histoire de l’homme depuis longtemps, un droit essentiel et la marque de notre autonomie financière.

Le relevé de compte bancaire, un service à la personne crucial.

Il contient vos recettes et vos dépenses, il trace votre vie quotidienne ou celle de votre entreprise, il est l’historique de vos moyens de paiements, le moyen de contrôler votre établissement bancaire, vos allocations, votre employeur ou votre centre des impôts, la preuve de votre trésor accumulé ou l’angoisse mensuelle de votre comptabilité. Il est le document que l’on lit avec acribie, que l’on complète, griffonne, rature et archive.

Un service bancaire gratuit, usuel, à domicile, par voix numérique ou papier et qui, vous vous en doutez, est indispensable pour les mal et non-voyants dans leur recherche d’autonomie et de confort de vie dans ce monde de voyants. Depuis 30 ans, le CTEB accompagne les plus grands groupes bancaires français et transcrit pour eux chaque année des dizaines de milliers de relevés bancaires pour les particuliers.

10000 relevés traités, 20000 feuillets embossés en moyenne chaque mois : une logistique bien huilée…

Chaque début de mois, c’est l’effervescence. Quoi qu’il en soit, la caravane passe ! Pandémie, vacances, maladies, panne, etc… rien ne doit arrêter ni retarder l’envoi des relevés bancaires. Et avec Hélène (Brunet) comme responsable, les erreurs sont avares de leur présence. Expérience, mémoire des chiffres, force de travail, Hélène coordonne à merveille ce flot et nous explique le travail qui se cache derrière ce relevé en braille si précieux.

Une semaine de rush …

– Banque populaire, Crédit Mutuel, Crédit Agricole, Société Générale, Banque Postale, Crédit Lyonnais, Caisse d’Épargne, …. Pendant 2 à 3 jours les fichiers codés et sous le sceau du secret bancaire tombent de partout sur notre plate-forme d’échange informatique.

– Ceux-ci sont réceptionnés, triés et transférés sur notre logiciel de transcription bancaire. Créé par notre fondatrice Monique Truquet et son équipe de recherche à l’IRIT (Institut de Recherche en Informatique de Toulouse) puis amélioré au cours des ans, ce logiciel de transcription automatique en braille des fichiers bancaires va ouvrir le champ des possibles pour les aveugles. Jean Frontin, notre vice-président, alors étudiant en informatique, l’assistera. L’innovation et la création de ses propres moyens de production font partie de l’ADN et de l’histoire du CTEB depuis le début.

– S’opère ensuite une laborieuse phase de correction et de nettoyage des fichiers reçus. L’intitulé des bénéficiaires, les paramètres de mise en page, les manques ou espaces indésirés,… l’encodage du fichier source peut révéler bien des lacunes que seul l’œil humain va correctement rechercher.

– Car chacune des 20000 feuilles mensuelles de relevés doit être parfaite et uniforme. Chaque fichier reçu en génère deux : le relevé à proprement dit, d’un blanc vierge d’encre mais comportant pourtant toutes ses lignes de débits et de crédits, ses intitulés, son solde et un autre pour l’enveloppe et adresse postale du destinataire. Cette « division cellulaire » n’est pas sans truculence. Les deux fichiers doivent à partir de maintenant toujours se correspondre et ne jamais se perdre. Car l’impression des enveloppes se fait sur une machine spéciale et celle des relevés sur 3 autres embosseuses utilisées en simultané.

 

Le bruit des embosseuses se fait alors entendre…

-Paramétrer les machines, changer le papier, mettre en piles les relevés, regrouper ceux-ci par banque avec leur enveloppe, changer le papier, le travail manuel et physique ne manque pas pour l’avant dernière phase de production. Les bobines de papier pèsent plus de 42 kg, les relevés consomment des milliers de km d’un papier choisi avec minutie et expertise par le CTEB.

-Soupçonniez-vous qu’il était si spécial ? Il doit être d’une épaisseur suffisante pour recevoir les impacts du braille sans se percer mais pas trop épais non plus pour se laisser plier et manutentionner. Épais mais souple, pas trop « sec » pour ne pas se déchirer, pas trop « humide » pour ne pas que son relief se relâche puis s’efface, …. quand je vous disais qu’un bon papier est difficile à sélectionner !

Reconnue pour la qualité de nos productions, le choix de son aspect de surface y contribue pour beaucoup. Sa douceur permet de limiter le côté abrasif de la lecture aux doigts et d’optimiser le confort de lecture de nos bénéficiaires braillistes.

Les bénévoles : ces aides de camp si précieuses …

– C’est le moment de réunir le collectif ! Comme l’énorme maquette d’une métropole moderne, les locaux du CTEB voient des piles de relevés, d’enveloppes et de caisses s’élever comme des gratte-ciels. Salariés et bénévoles se rejoignent alors en ce début de mois pour la mise sous pli.

– Pliage manuel, correction des défauts de coupe éventuels, dernière vérification des adressages, mise sous enveloppe, les bénévoles vérifient que relevés et enveloppes soient en parfaite adéquation avant de rejoindre leur destinataire.

2 à 3 jours par mois, cet envoi massif aux usagers déficients visuels des plus grandes banques de France nous donne l’occasion de tous nous retrouver. Dans l’amitié des années passées ensemble, dans la bonne humeur, les blagues, l’échange et un plaisir toujours visible, nos « aides de camp » donnent de leur temps et de leur énergie pour remplir chaque mois un besoin absolu des personnes avec un handicap visuel :  maîtriser ses finances et gérer son budget.

Amis bénévoles, si vous voulez nous rejoindre… l’appel est lancé !

Denis Guérin, communication et journaux