Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Le service de transcription des journaux du CTEB :

l’information de proximité en braille !

« Baisse de l’activité », « aménagement du temps de travail », « mesures d’urgence », « rester chez soi », « protégez-vous », …. Ce confinement inédit, sanitaire et mondial, nous laisse autant d’obligations que de difficultés. Il touche toutes les structures et le CTEB en subit également les répercussions ; en premier lieu notre service de transcription en braille des journaux des collectivités locales. Coup de projecteur sur un service méconnu pour transmettre l’information de proximité aux déficients visuels…

CTEB, 30 ans au service des collectivités locales

Un confinement individuel demande paradoxalement de s’organiser collectivement. Dans toutes les situations d’urgence, le pire advient quand la communication locale se rompt. Et cette pandémie, par sa surprise et son ampleur, aura été un énorme générateur d’informations.

Partenaire fidèle de grandes métropoles comme de mairies plus modestes, avec en commun le choix d’une politique d’inclusion de leurs administrés déficients visuels, le CTEB transcrit en braille les magazines du service public depuis plus de 30 ans. Reconnu pour sa rapidité et sa qualité de transcription, le CTEB est fier d’œuvrer pour les collectivités locales qui permettent aux personnes en situation de handicap visuel de bénéficier comme les autres d’une information locale et publique en toute autonomie.

 

Une information précieuse et réclamée en temps de crise

Cette information de proximité, vous en avez tous besoin et vous en êtes tous l’utilisateur un jour. C’est la vie de votre quartier, la programmation culturelle de votre département, les nouveaux commerces, les producteurs et les marchés, les possibilités de sorties, les décisions politiques et économiques d’une région, les agendas sportifs, le tissu associatif et solidaire près de chez vous, etc… La crise sanitaire va stopper tous ces mouvements un temps.

Les équipes de communication et de gestion des collectivités locales vont elles aussi subir le confinement, le télétravail, le droit de se protéger. Reste la nécessité et le devoir d’informer toute la population. Les magazines se rarifient d’un seul coup. Leur conception est plus difficile avec les équipes à distance. Leur impression et leur diffusion restent sans prestataire, tous à l’arrêt, alors même que l’information devient cruciale pour la sécurité et la coordination de tous. Décisions de l’État, mesures d’hygiène, données médicales, paroles d’encouragements, initiatives populaires et solidaires, numéros et plateformes d’urgence, ravitaillement, annulations et reports d’événements, etc… L’information va muter, se spécialiser et devenir encore plus urgente à partager.

L’importance de s’adapter, …d’adapter tout court

Le Cteb en est conscient et a assuré lors du confinement la continuité de son service d’adaptation des journaux publics en braille. Malgré l’arrêt provisoire de certaines parutions importantes et le remplacement numérique de celles-ci par une mise en ligne internet, le CTEB s’adapte et se dépêche de faire parvenir aux déficients visuels de chaque ville mandatrice l’information locale pour s’organiser et prendre connaissance des consignes, des évolutions et des initiatives de la crise.

La transcription d’un journal public en braille, comment cela se passe ?

Le journal ou « bulletin » municipal comme il s’appelait il y a peu, a bien changé. Il est désormais plus proche du magazine de kiosque que vous achetez qu’autre chose. Structurés, esthétiques, avec nombres d’astuces graphiques, les journaux sont maintenant conçus par des professionnels. Les nombreuses couleurs, infographies, cartes, plans, photographies et interviews en font un objet très visuel et donc un exercice de transcription en braille minutieux, long et nécessitant un savoir-faire.

1. Tout commence par la réception du magazine à paraître. Envoyé par la ville, le département ou la région concernée, le fichier numérique doit être respecté le plus fidèlement possible, tant dans sa structure que dans son contenu. C’est une politique de respect du travail fait en amont et de ses auteurs, qui comme nous l’avons souligné, sont des professionnels de la communication développant donc un style, une identité propre au magazine qu’ils servent. Les délais de réalisation sont souvent très courts, la version braille d’une parution arrivant en dernier dans le processus de diffusion. Souvent cumulées en début de mois, celles-ci façonnent des périodes de travail bien rythmées au CTEB.

2. L’adaptateur(trice) copie ensuite son contenu. Cette étape est cruciale. Le simple copier-coller ne suffit pas. La capture de texte entre différents logiciels n’est jamais compatible à 100% dans sa forme. Il faut donc corriger les caractères corrompus ou invisibles. Il faut également trier l’information redondante pour gagner en place (celle d’une légende, d’un intertitre ou d’un exergue[1] qui, par exemple, raconterait la même chose que dans le texte). Puis il faut apposer des marqueurs dans le texte pour identifier le rubriquage, les styles et les différents niveaux de titres. Rubriques, sous-rubriques, articles et sous-articles doivent restés logiques sans l’appui de leur mise en forme graphique . Les nombres, les unités de mesure, les numéros de téléphones, les mathématiques, les poèmes, les adresses e-mail, etc… reçoivent enfin un traitement spécial. Les infographies, les tableaux, les cartes par exemple doivent souvent être interprétés de leur graphisme en mots.

3. Des impératifs à respecter ! Les objectifs du CTEB sont le confort de lecture pour le brailliste et une attention toute particulière faite au gain de place. En effet, les caractères du braille sont environ 2/3 plus gros qu’un caractère d’imprimerie classique ! Le lire avec la pulpe de ses doigts demande un interligne plus grand et le nombre de pages augmente vite. L’expertise du CTEB nous permet de choisir un papier spécifique, dont les qualités résultent d’une longue expérience et de nombreux essais. En effet, l’épaisseur de celui-ci doit supporter l’embossage[2] du braille par les machines mais son toucher doit en même temps minimiser le phénomène d’abrasion de la pulpe des doigts lors de la lecture.

4le Transcripteur(trice) transcrit le contenu en caractères braille. L’adaptation du magazine initial étant achevée, la prochaine personne va opérer une relecture corrective du fichier et lui apposer un deuxième traitement informatique . Ce processus de mise en forme permet ensuite une reconnaissance immédiate des caractères, des styles, des niveaux ou des sommaires par le logiciel Duxbury. Celui-ci encode le texte en noir[3] en caractères braille, interprétables par une embosseuse[4].

5. Le magazine final est à assembler. Le fichier Duxbury est transmis en production. Le technicien(ne) paramètre les embosseuses dédiées (format, marges, nombre de caractères par ligne, nombre de tirages) et charge les bobines de papier spécial. Dans un vacarme incessant de « tac-tac », les pages du magazine sortent à la suite l’une de l’autre, et s’entreposent à l’image des feuillets perforés sortant d’un orgue de barbarie. Les liasses ainsi amoncelées sont coupées automatiquement avec une déliasseuse. Le technicien(ne) doit ensuite recomposer un exemplaire entier et réunir les pages le composant. La couverture est reçue ou produite informatiquement par nos soins et imprimée de manière traditionnelle. Le reliage des exemplaires confectionnés avec une encolleuse permet de sortir les premiers magazines en braille en dos carré-relié. Le processus se termine par le conditionnement de ceux-ci (protection sous plastique, adressage et pesage) avant leur envoi via les services de La Poste.

 

Un magazine de 30 pages en noir, c’est un magazine de 100 pages en braille…

Vous conviendrez par cet exemple que l’objet final, pour être de qualité, doit allier la recherche entre confort de lecture, optimisation de la place et justesse du contenu. Il laisse à votre imaginaire les questions de coûts, de poids, de place de stockage, de gestion des envois et de la satisfaction client. Autant de défis que nous relevons avec passion et minutie à chaque parution…

Denis Guérin

 

[1] Inscription en tête d’un ouvrage ou d’un article, épigraphe. Ex : l’auteur cite en exergue de son livre un vers de Paul Valéry.

[2] Forte pression des caractères demi-sphériques braille sur le papier pour l’imprimer en relief.

[3] Expression populaire chez les non-voyants qui désigne un texte d’imprimerie conventionnelle, généralement encré en noir sur un papier blanc et à destination des voyants.

[4]  Machine effectuant l’embossage.

Liens et ressources :

– le service traduction des journaux du CTEB

https://www.cteb.fr/services-sur-abonnement/