DOSSIER :
Médiation animale et handicap visuel ?
D’abord objets de subsistance, les animaux ont très vite permis de développer l’homme et ses nombreuses sociétés par sa dimension utilitaire. Leur domestication a aussi permis de révéler à chaque génération d’insaisissables et puissants rapports entre les animaux et les hommes. Aujourd’hui, c’est de ces liens bénéfiques et observés qu’est née la médiation animale, de plus en plus mise au service des populations avec un handicap, mais qui concerne en fait chacun d’entre nous.
Dans ce dossier, nous définirons pour vous ce qu’est la médiation animale en 2023 en France, partirons interviewer une zoothérapeute professionnelle et recueillerons quelques impressions d’utilisateurs de la Maison des Aveugles de Lyon. Enfin vous trouverez des ressources aller plus loin et vous rapprocher de cette discipline montante.
Qu’est-ce que la médiation animale ou zoothérapie ?
Source : Fondation Adrienne et Pierre Sommer[1] et https://www.mediation-animale-lyon.com/
C’est : « la recherche des interactions positives issues de la mise en relation intentionnelle homme-animal ». La terminologie employée est actuellement encore très diverse. Il existe « Zoothérapie » (qui étymologiquement signifie « médecine vétérinaire » et non « soigné avec ou par l’animal »), « activités thérapeutiques associant l’animal », « thérapie par l’animal » …
La médiation animale ou zoothérapie est une forme de thérapie à destination des hommes assistée par des animaux. Elle se conçoit au travers d’activités où l’homme et l’animal s’associent. Comme dans le domaine de l’assistance animale avec les chiens guides d’aveugles bien connus du grand public, la zoothérapie associe aussi souvent l’espèce canine.
La médiation animale est reconnue dans le cadre des thérapies non médicamenteuses par la Haute Autorité de Santé. Le bénéficiaire est acteur de sa prise en charge grâce à la présence de l’animal. L’animal n’est pas le thérapeute. La thérapie est mise en œuvre par des professionnels souvent en faveur de populations confrontées à des handicaps sociaux, physiques, mentaux, sensoriels ou psychiques. La zoothérapie vise une amélioration du bien-être physique, psychologique, affectif, cognitif ou social de la personne aidée tout en respectant le bien-être de l’animal partenaire.
Comment cela fonctionne ?
La zoothérapie se fait en partenariat avec un animal sélectionné et entraîné pour la zoothérapie, avec un animal choisi spécifiquement pour travailler un objectif précis avec le bénéficiaire. Comme dans tout travail avec le vivant, la zoothérapie permet donc de travailler directement et naturellement sur le plan relationnel et affectif. L’animal, non jugeant et donc source d’affection inconditionnelle, incite naturellement à plus de confiance, de spontanéité et de donc de libération. L’animal est un facteur de motivation, de concentration et d’attention. Mais aussi un effet miroir. L’intervention repose sur une approche valorisante et toujours basée sur les forces existantes : en vivant des réussites partagées, des émotions positives, hommes et chiens s’enrichissent et apprennent à s’adapter.
Quelle que soit la qualification originelle de l’intervenant, celui-ci devra, non seulement connaître la situation de la personne en difficulté, ses troubles, ses besoins, ses comportements mais aussi avoir conscience des capacités et des limites de l’animal pour orienter le travail effectué en séance. Et prendre en compte la nécessité impérieuse de veiller à son bien-être en s’appuyant sur les lois de la protection animale, la déclaration universelle des droits de l’animal et les compétences de professionnels de l’animal. La possibilité ou le choix de travailler avec tel ou tel animal, en fonction de la population concernée, du type de handicap et de structure, conditionnera la forme et le contenu du programme envisagé. Quelques exemples d’objectifs : aider un enfant autiste à communiquer avec un chien alors qu’il en était incapable avec une personne, stimuler un patient aphasique qui verra se réveiller des émotions éteintes jusqu’alors, apaiser une personne atteinte de troubles psychiques, faire du cheval un auxiliaire précieux pour réaliser un travail de rééducation fonctionnelle.
Après le cheval et l’équithérapie, le chien est également emblématique de la médiation animale. Il a acquis ses lettres de noblesse avec les chiens-guide puis les chiens d’assistance. Aujourd’hui la pratique s’est diversifiée ; chiens visiteurs ou résidents, mini-fermes pédagogiques se sont développés pour assurer une pratique plus relationnelle, plus sensible, plus émotive et comportementale avec l’animal.

Crédit photo: Kerwin Elias
Qui pratique la médiation animale ?
À l’exception notable de la certification professionnelle « d’équicien », inscrite en 2014 au répertoire des métiers, il n’y a pas de qualification reconnue dans la gamme des pratiques de médiation animale. En revanche il existe des diplômes universitaires et des formations, de contenu et de durées très variables, proposées par un grand nombre d’organismes le plus souvent associatifs mais pas exclusivement. Le choix du praticien s’avère déterminant : orthophoniste, psychomotricien, ergothérapeute, psychologue, infirmier, animateur ou travailleur social, au sein d’une équipe pluridisciplinaire ou en indépendant, les approches et biais de qualification sont multiples.
Auparavant La présence d’animaux dans les établissements accueillant des enfants ou adultes en situation de handicap était très limitée. Soit certains lieux étaient interdits aux animaux pour des raisons d’hygiène et de sécurité soit leur présence était purement occupationnelle ou à but économique (pratique de l’élevage dans les structures d’aide par le travail). Sans être devenue banale, la présence animale dans les établissements des secteurs social et médico-social se généralise rapidement de nos jours. Les maisons de retraite en premier lieu, les hôpitaux de plus en plus souvent. Ils voient cohabiter leurs pensionnaires avec des chiens ou des chevaux, parfaitement intégrés aux pratiques quotidiennes des professionnels des secteurs concernés. Des mini-fermes se créent même au cœur des structures, des centres équestres s’ouvrent à des publics nouveaux. Grâce aux animaux, l’aide aux personnes en situation de handicap se régénère et se sensibilise.
Interview d’une zoothérapeute-éthologue
Isabelle Berthonneau est zoothérapeute et formatrice en zoothérapie, diplômée en Éthologie (biologie des comportements) et intervient dans différentes structures comme auprès de particuliers sur Lyon et ses environs. Elle anime notamment des ateliers de médiation animale avec des personnes déficientes visuelles à la Maison des Aveugles de Lyon.
Elle commence son parcours professionnel dans le milieu des parcs zoologiques avec pour vocation de travailler sur le mieux-être des animaux en captivité. Mais très rapidement, elle réalise qu’il lui manque une dimension relationnelle. Elle part au Québec pour y rester 10 ans et s’accomplir dans la zoothérapie où, dit-elle : « En prenant cette voie, je mets désormais la relation homme-animal et la relation d’aide au cœur de mon action ». Nous sommes allés à sa rencontre et à celle de ses bénéficiaires pour en savoir plus sur cette discipline en pleine reconnaissance. Comment marchent les relations d’aides entre certaines espèces animales et la nôtre ? Quels sont leurs bienfaits et leurs limites ? Comment les entretenir et les mettre au service de la libération, de l’autonomie ? Un sujet qui touche le handicap visuel de prés et que la zoothérapeute lyonnaise Isabelle Berthonneau a bien voulu nous expliquer.
Bonjour Isabelle !
1. Vous dîtes que la zoothérapie était déjà utilisée dans l’Antiquité ? Quelle est l’histoire de cette relation d’entraide et de soin entre l’homme et l’animal ?
L’équithérapie était recommandée par les médecins de la Grèce antique pour la réadaptation des soldats blessés. Dès le 9e siècle, des animaux assistent les personnes handicapées à Gheel en Belgique. Mais l’histoire « officielle » de la zoothérapie commence selon les écrits scientifiques plutôt à partir du 18ème siècle …
- Au 18e siècle, L’Institut York Retreat (UK) fondé par William Tuke utilise des animaux pour réduire la médication et l’usage de contention chez des patients atteints de troubles mentaux.
- Au 19e siècle, des animaux sont fréquemment utilisés à des fins thérapeutiques dans les établissements psychiatriques ou pour soigner des personnes épileptiques (institut Bethel, Allemagne). Florence Nightingale infirmière fut une des premières à observer l’impact positif d’une tortue auprès de ses patients.
- Au 20e siècle, des chiens sont utilisés après la 1ère Guerre mondiale au Pawling Army Air Force convalescent Hospital (NY) pour accompagner les soldats en stress post-traumatique. De même en 1944, la Croix Rouge monte un programme canin pour aider au rétablissement des blessés.
- Greenchimneys crée en 1947 aux États-Unis (NY) innove dans le concept de ferme thérapeutique. Elle s’appuie sur les bienfaits de la présence animale auprès des enfants pour monter différents programmes en thérapie, éducation et loisirs autour de l’animal et la nature.
- Dans les années 1950, le Dr Boris Levinson, pédopsychiatre, découvre par hasard l’impact de son chien Jingle sur un jeune autiste et publie ses observations et réflexions sur le sujet en 1962 “The dog as co-therapist”. Il est considéré de ce fait comme le ‘’père’’ moderne de la zoothérapie.
La médiation animale est très en vogue aujourd’hui et il me semble qu’elle l’est encore plus depuis la crise sanitaire du COVID. Une prise de conscience soudaine, un besoin existentiel de reconnexion à la nature et aux relations semble s’être amplifié. Et comme la médiation animale répond en parallèle à ces deux plans, on y a de plus en plus recours.
2. Comment fonctionne la discipline en France ?
De façon très hétéroclite pour être honnête… Il est donc difficile de définir précisément le fonctionnement de la médiation animale en France.
- D’abord parce que le champ d’intervention est très large. Il y a une grande différence entre un atelier proposé en crèche que l’on qualifierait « d’activité assistée par l’animal » qui vise le plaisir dans la rencontre et la découverte de l’animal et un atelier en hôpital psychiatrique avec des objectifs précis de mieux-être que l’on qualifierait alors de « thérapie assistée par l’animal ». Dans le 1er cas on se reposera sur les simples bienfaits de la présence animale, dans le second cas, sur le plein potentiel de la relation homme-animal, mais on parlera bien de médiation animale dans les deux cas…
- Ensuite parce qu’il n’y a aucune formation reconnue officiellement et les intervenants sont formés de façons très diverses. Certains sont issus du domaine de la santé, du social, ou de l’éducation et ont ajouté une corde « animale » à leur arc d’intervention. A l’inverse, d’autres sont issus du milieu professionnel animal et ont ajouté une corde « humaine ». Certains sont formés en quelques heures d’initiation alors que d’autres ont suivis une formation solide dans tous les champs de compétences. Il n’y a pas de règlementation donc chacun fait son parcours de formation comme il l’entend et justifie ensuite ses qualifications lors de sa pratique. Au final, le bon intervenant est celui qui connaît à la fois très bien l’humain, l’animal (spécifiquement sélectionné) avec lequel il travaille, le lien qui les uni et les techniques d’intervention en relation d’aide pour accompagner ce duo interspécifique (c’est pourquoi on parle d’intervention en « synergie triangulaire »). Aussi comme tout bon professionnel il est essentiel de maintenir une formation continue, tant du côté humain qu’animal afin de renforcer sa pratique. Nous travaillons avec du vivant, l’enjeu de bien-être et de sécurité est important, il n’y a pas de place à l’improvisation dans ce champ d’expertise.
3. Quels sont les bienfaits que peut attendre un déficient visuel de la médiation animale ?
- Du plaisir avant tout.
- La possibilité très facile d’entrer en relation avec un être vivant et non-jugeant.
- Se connecter au moment présent
- Se souvenir aussi d’un vécu partagé avec un ou plusieurs animaux et revivre des émotions positives associées
- Une stimulation cognitive
- Une stimulation sensorielle spécifique. Selon l’espèce à laquelle nous appartenons, nous privilégions un sens plutôt qu’un autre. L’humain priorise la vue alors que le chien l’olfaction par exemple. Mais le point commun que nous avons tous, c’est le toucher. Car c’est le 1er sens qui se développe in utero chez les mammifères. C’est donc un sens universel qui remonte à notre état foetal, quelle que soit notre espèce et qui peut nous lier. Le toucher est un sens important dans la relation et qui appartient à la sphère intime. En médiation animale, c’est un sens privilégié qui est mis en avant dès la 1ère rencontre (sauf si on travaille sur la peur, évidemment). Le toucher permet à la personne déficiente visuelle comme à l’animal de se percevoir au travers d’un contact peau à poil. Il n’y a pas de jugement de part et d’autre et on répond à un besoin réciproque.
- De l’estime de soi : malgré un handicap visuel, il est possible d’être perçu dans son authenticité et son individualité. « Je suis capable d’attirer et valider une relation aux bénéfices réciproques et être ainsi défini sous un autre angle que celui de mon handicap »
- L’animal nous motive à se retrouver, à partager, il est un facilitateur social. Avant même mon arrivée sur les lieux, les bénéficiaires anticipent notre venue et échangent sur quels chiens seront présents ce jour et quelles activités seront réalisées…
- En prenant soin de l’animal (en l’abreuvant, en le nourrissant, en lui donnant de l’attention, en jouant avec lui, en répondant à ses demandes d’interaction…), on se sent utile et on peut aussi prendre conscience de l’importance de prendre soin de soi…

Photo Helena Lopes
4. Quelles sont d’après votre expérience ses limites ?
Il y en a deux qui me semblent évidentes :
- Le travail en groupe : nous travaillons avec du vivant. La notion de plaisir partagée et de respect reste primordiale. Vis-à-vis de l’animal mais aussi vis-à-vis des pairs si l’intervention a lieu en groupe. Parfois, partager la relation est frustrante. Et elle peut l’être d’autant plus si on ne voit pas car on perd une partie du bénéfice de la présence animale dès qu’il n’y a plus de contact. Cette frustration existe aussi dans un groupe où les bénéficiaires voient. Mais elle est beaucoup moins grande car même si le chien est dans une bulle relationnelle avec un autre participant, je le vois, mon attention est sur lui, je peux continuer de me projeter en relation avec lui et de me détendre. Si je ne peux plus le voir, je perds cet avantage et le temps d’attente me paraît beaucoup plus long. Autre exemple, certains aimeraient aller se promener à l’extérieur avec les chiens ce qui n’est pas possible de faire si le groupe est au complet, il y a un enjeu de sécurité trop important.
- La communication : si l’animal ne parle pas, il communique de façon très importante grâce à son langage corporel. Et ce dernier est certes perceptible si je suis en contact tactile avec lui mais dès qu’il est à distance, de nombreux messages sont perdus. L’intervenant a donc un rôle important de traducteur pour faire passer les messages de l’animal au bénéficiaire déficient visuel afin que celui-ci puisse y répondre. Il en va de la qualité de la relation établie, du bien-être et de la sécurité de tous.
5. Quels sont les espèces d’animaux qui sont aujourd’hui au cœur de votre pratique et pourquoi ?
Le chien, le chien et encore le chien ! Cette espèce vit à nos côtés depuis plus de 15000 ans. Elle nous connaît très bien et réciproquement. Nous avons parmi de nombreux points communs celui d’être une espèce sociale et d’être des prédateurs. Nous avons donc des besoins et des fonctionnements qui se ressemblent et donc nous assemblent.
Par ailleurs, le chien d’aujourd’hui est issu d’une domestication très sélectionnée : autrefois partenaire de travail, il s’est très (trop) rapidement transformé en chien de compagnie puis chien à qui il faut tenir compagnie. Être en relation avec l’humain fait partie des besoins fondamentaux du chien de nos jours, et parfois même, il va préférer la relation avec un humain à celle avec un congénère pourtant plus naturelle. Comme j’axe mes interventions sur le relationnel et sur un équilibre des bénéfices pour l’homme comme pour l’animal, le chien me semble le partenaire idéal pour m’accompagner en médiation animale et me permettre de garantir que mon partenaire animal est vraiment gagnant. Par ailleurs, en plus d’être sociable, le chien a aussi d’autres avantages non négligeables : il pardonne facilement les erreurs, il est joueur (et c’est dans le jeu qu’on apprend le mieux), n’est pas territorial et s’adapte facilement aux nouveaux environnements (je me déplace dans les milieux…) et se fatigue moins vite que bien d’autres animaux. Enfin, si le chien est fidèle il est aussi capable de transférer rapidement son lien d’un humain à un autre dès qu’il est en confiance. Cette particularité me permet de travailler avec 8 chiens de famille sélectionnés. Aucun ne m’appartient mais tous m’accompagnent de façon enthousiaste et pleinement engagée dans les interventions. Et dès que nous sommes en action, ils me gardent en référente mais sont capables spontanément à nouveau de transférer leurs liens sur les bénéficiaires.
6. Comment définiriez-vous la relation qui se noue entre personnes et animaux lors de vos séances de médiation animale ? Répond-t’elle à des étapes que vous auriez observées ?
J’ai envie de vous dire que chaque rencontre est unique et je me sens toujours privilégiée de pouvoir être à la fois à l’origine et témoin du lien qui se crée entre le bénéficiaire et l’animal. L’intervention en médiation animale se fait de façon triangulaire puisqu’il y a 3 parties (le bénéficiaire, l’animal et l’intervenant). Mais ce triangle se déforme bien évidemment lorsque l’intervention se fait un groupe… Et plus il y a de participants, plus l’animal doit se « diviser » pour répondre aux besoins de tous et moins il sera disponible pour un lien solide. Il fatiguera aussi plus vite évidemment. C’est la raison pour laquelle je privilégie des groupes de petites tailles et amène deux chiens afin de répartir la charge relationnelle et émotionnelle. Sinon, de façon générale, oui le lien se transforme. Comme entre deux être humains, la relation évolue au fur et à mesure des rencontres et des émotions qui sont partagées ensemble.
7. Est-ce que la relation avec l’animal peut favoriser une meilleure estime de soi ?
Oui tout à fait ! L’animal nous aime pour ce que l’on est et non pour ce qu’on devrait être (parfait, performant, aimable…). Il nous motive, nous mobilise. Grâce à lui nous n’avons pas peur, nous osons, nous nous dépassons et pouvons savourer avec lui chaque petite victoire. Parce que l’animal fait tomber cette barrière de jugement qui met une pression très forte entre deux humains, on se sent avec lui en confiance prêt à laisser place à la spontanéité.

Photo George TK
8. Beaucoup d’animaux domestiques ont connu dans leur vie des relations traumatiques avec l’homme. De manière générale, à quoi devons-nous faire attention dans notre relation à eux pour les rendre également plus heureux, les réparer parfois de ce que nous leur avons infligé ?
J’aime tellement cette question et vous remercie infiniment de la poser ! Nous devons apprendre à mieux les connaître, mieux les écouter. Comprendre leurs besoins essentiels et tout faire pour y répondre de façon conscientisée. Et nous devons surtout remettre en question nos habitudes ancrées ! Nous avons vécu un confinement récemment, une privation de notre liberté, de nos liens sociaux, de notre travail pour certaines personnes pourtant essentiel à notre équilibre… Sortie autorisée seulement avec des masques et une distanciation « sécuritaire » pour éviter la propagation du virus. La période a durée plusieurs mois et nombreux vivent des séquelles psychologiques de cette période contraignante. Et bien malheureusement, nos animaux de compagnie sont nombreux à vivre sous un régime similaire toute leur vie…
9. Des regards, des caresses, des sons, des intonations, des jeux, … pourquoi certaines espèces sont-elles plus avides que d’autres de nos sensorialités ?
Simplement parce qu’elles vivent à nos côtés depuis plus longtemps et parce que du point de vue évolutif, elles ont tiré un avantage de ce lien ! Le chien par exemple a été capable de moduler sa communication et de chercher notre contact visuel pour avoir de l’attention. Alors qu’entre deux chiens, ce contact est perçu comme une menace… Le chat miaule pour nous solliciter, pourtant les chats ne miaulent pas entre eux… Ainsi grâce à ces comportements sélectionnés pour nous plaire, certaines espèces se sont rapprochées de nous en créant un lien spécifique et sont ainsi entrées dans nos maisons et dans nos vies jusqu’à arriver dans notre sphère intime.
10. Comment pouvons-nous mieux communiquer avec eux ?
- En faisant l’effort d’enrichir nos connaissances sur le sujet. Car si nous ne parlons pas la même langue nous avons bien d’autres moyens de communiquer avec les animaux et les études scientifiques aujourd’hui sont accessibles à tout public qui souhaite entamer une démarche d’information. Si les animaux ont été capables de nous observer et de moduler leur communication spécifique pour mieux communiquer avec nous, ne pourrions-nous pas faire la même chose ???
- En nous connectant à nos émotions : comme le nourrisson communique avec sa mère alors qu’il n’a pas encore acquis le langage, il est possible de communiquer avec les animaux via les émotions que nous partageons en commun.
11. Vous reprenez sur votre site une citation : «Si nous avons dépensé une grande énergie pour nous arracher à notre condition animale, nous n’avons pourtant jamais réussi à vivre sans les animaux. » (Boris Cyrulnik, Karine Matignon, Frédéric Fougeau, « La fabuleuse aventure des hommes et des animaux »). Du point de vue de l’éthologue, qu’est-ce que nous dit l’évolution de la relation entre l’homme et l’animal ? Vers quoi devrions-nous aller ?
L’homme est un animal qui s’est perdu en se déconnectant de la nature. C’est en observant les autres animaux que nous pourrons revenir à notre origine animale, nous fondre avec eux dans un seul et même environnement, et retrouver grâce à eux un possible équilibre.
Un chaleureux merci Isabelle pour votre participation à cet interview ainsi que pour vos lumières sur cette discipline en devenir.
Denis Guérin
TEMOIGNAGE
Mathieu, non-voyant et Gérard, malvoyant, donnent leur ressenti en tant que participants aux ateliers de zoothérapie donnés à la Villa Saint Raphaël de la Maison des Aveugles à Lyon.
1. Comment se déroule concrètement votre séance de médiation animale et avec quels animaux ?
Gérard : « Avec des chiens. On leur donne à boire, on fait des jeux, on les fait écouter « assis », « couché ». »
Mathieu : « Avec des chiens de différentes races. Isabelle nous demande dans un premier temps de les reconnaître par le toucher. Lorsque c’est un nouvel animal, elle nous le présente. On prend soin d’eux en leur donnant à boire et à manger ; on peut leur faire des câlins. On les fait aboyer pour entendre leur voix, et ils doivent répondre à nos commandes. »
2. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Gérard : « Pour moi, c’est bien. C’est une sensation agréable. On peut les caresser et s’occuper d’eux. Ca me procure de la joie, du bien-être. La relation est plus facile qu’avec les hommes. »
Mathieu : « Ça m’apporte du calme, de la tendresse, de la sincérité, de l’apaisement et de la relaxation. Ces séances me font du bien. »
En savoir plus / ressources :
- Le site internet d’Isabelle Berthonneau ici :
https://www.mediation-animale-lyon.com/
- 25 statistiques sur la zoothérapie en 2021:
https://gapread.com/25-statistiques-de-zootherapie-les-plus-attrayantes-en-2021/
- Article handicap.fr 07/2022: médico-social, la médiation animale en plein boom.
https://informations.handicap.fr/a-medico-social-mediation-animale-en-plein-boom-33309.php
- La Fondation Adrienne et Pierre Sommer œuvre pour la recherche et la diffusion des initiatives de médiation animale. Sondage réalisé en 2021 auprès de 1 000 établissements :
- Sources documentaires :
[1] – La Fondation Adrienne et Pierre Sommer œuvre pour la recherche et la diffusion des initiatives de médiation animale. https://fondation-apsommer.org/