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Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Interview d’Amélie Nothomb, prix Renaudot 2021 :

Bon sang !

Quelques unes des couvertures de livres d'Amélie Nothomb.

Quelques unes des couvertures des livres d’Amélie Nothomb.

 Des romans plébiscités qui s’accumulent comme sa renommée au fil des ans, voici 30 ans qu’Amélie Nothomb fait, entre autres, des livres. Comme nous au CTEB. 30 ans qu’elle fait des histoires, 30 ans ou presque que nous en réparons la seule injustice : celle de ne pas pouvoir être lues par les non-voyants. Alors après 11 ouvrages de la singulière écrivaine belge transcrits en braille par l’association, nous sommes partis à la rencontre d’Amélie. Un fabuleux destin et un dernier roman Prix Renaudot 2021 intitulé « Premier sang » qui laissent pourtant derrière eux le sentiment de ne pas bien connaître la personne derrière la personnalité, le maître derrière l’œuvre. Nos croyances changent avec les âges et les expériences. Parfois, elles se renforcent et deviennent certitudes. Pour une minorité, elles disparaissent. En quoi Amélie Nothomb croit-elle ? Quel est son regard sur le braille, la lecture adaptée, sa connaissance du handicap visuel ? Nous avons cherché à le savoir 

 

Partie 1: interview « croyances » !

Le dernier livre « Premier sang » d’Amélie Nothomb (faites-lui plaisir et prononcez le B à la fin de son nom) est une caméra subjective, dans les yeux et dans la peau de son père, ancien diplomate, décédé en 2020. On y découvre Patrick Nothomb qui se souvient de sa vie, avant la naissance de sa fille Amélie. « Premier sang », le titre d’une filiation, l’histoire d’une naissance et d’un cœur qui bat jusqu’aux premiers sangs de la révolte congolaise en 1964 dont le consul Nothomb fut l’otage et le témoin. La large famille Nothomb en profite pour se déployer au fil des pages et des aventures que j’imagine dans un film de Tim Burton : poétique et drôle malgré le sombre, tendre et fantastique malgré les apparences, forte et spirituelle malgré les épreuves. La vie d’un père comme une bobine de film échappée des mains qui se déroule à terre, une pellicule trop rapide pour être stoppée et que l’on n’a pas envie de ranger. Un hommage à l’homme, à ses valeurs et à son âme.

Bonjour très chère Amélie !

1. « Une seule certitude : il n’en existe aucune ! » ça vous inspire quoi ?

C’est la vérité. Et c’est très bien. La certitude nous encrouterait l’esprit.

 

2. Pourquoi ce livre « Premier Sang » Amélie ?

Parce que mon père est mort et que j’ai eu besoin de le ressusciter.

 

3. Je vous imagine avec assez de malice et d’esprit joueur pour aimer brouiller les cartes. La question me brûle les lèvres : quelle est la part de réel et de fiction dans ce livre sur votre père ? « Autobiographie romancée » ou « roman autobiographique » ?

Roman autobiographique. Tous les faits sont vrais. Ce qui est de l’ordre du roman, ce sont les émotions. Mon père ne les exprimait pas.

 

4. Vous n’étiez pas là durant la jeunesse de votre père. Ce récit est librement imaginé de ce qu’il vous inspirait ou vous avez entrepris un travail de recherche afin de mieux coller au réel de Patrick Nothomb, feu votre père ?

Ce n’est pas le fruit d’un travail de recherche, les faits m’étaient connus. C’est une réflexion sur les sentiments de mon père.

 

5. Un livre hommage à votre père et la récompense du prix Renaudot qui vient le consacrer en octobre dernier… sûrement une grande joie pour vous ? Coïncidence ou destin ?

Espérons que ce soit le destin !

 

6. Pour vous, qu’est-ce qu’il y a après la mort ?

Je ne le sais pas.

 

7. Ma croyance à moi, c’est que nous sommes tous « handicapés » de quelque chose. Parfois c’est visible, parfois invisible. Une autre façon de dire que nous avons tous nos talents et nos limitations à découvrir, à accepter puis à adapter face à celles des autres. Quel est votre plus gros « handicap » selon vous ?

Je suis hyperémotive. Cela me handicape considérablement.

 

8. Quelle est votre plus grand talent selon vous ?

Le même que mon handicap.

 

 9. Comment êtes-vous venue à écrire ?

À 17 ans, après avoir lu les « Lettres à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke.

 

10. « Vous m’avez aimé jusque-là, est-ce que vous m’aimerez encore ? ». C’est ce que vous pensez de manière très angoissée à chaque sortie de vos livres. Votre long succès est un miracle dites-vous et sa longévité n’a d’égal que la peur de le perdre qu’il engendre. Comment expliquez-vous ce doute et ce besoin de reconnaissance ?

Ce doute est fondé. Chaque jour, des amours cessent. Ce besoin de reconnaissance est celui de tout artiste.

 

11. Lors de notre rencontre, je vous ai ressenti spontanée, respectueuse aussi bien de l’autre dans sa pluralité, voire sa conformité, que de vous-même dans votre originalité. Accepter son unicité, sa singularité est-il le fruit d’un travail, d’une réflexion, d’une philosophie ou est-ce une capacité de toujours ?

Je n’ai pas eu le choix. Il a bien fallu que je m’adapte. Cela n’a pas été facile.

 

12. Vous êtes très connue et ce depuis longtemps maintenant. Être connue, c’est aussi être regardée, jugée, analysée, classée. Comment le vivez-vous et quels conseils donneriez-vous à partir de cette expérience pour mieux accepter le regard des autres ?

Je le vis avec le plus d’indifférence possible. Il faut se dire qu’il n’existe aucun moyen de maitriser le regard d’autrui.

 

Partie 2 : interview « handicap » !

Vue dans un cercle sur fond noir : Amélie Nothomb assise derrière une table, tenant son livre en braille.Le 13 septembre 2021, toute l’équipe du CTEB se réunissait lors d’une dédicace sur Toulouse pour aller à la rencontre de la célèbre romancière. Nous n’étions pas arrivés les mains vides et son tout dernier roman en braille nous accompagnait. L’accueil fût formidable de sa part et nous avions profité de l’occasion pour lui demander si elle accepterait de devenir la marraine de notre association. Un « oui » spontané et généreux raisonna face à notre groupe. Discrète et affairée, Amélie Nothomb prête un peu de son aura et de son nom à l’association. Questions autour du handicap visuel et de l’édition adaptée

 

 

13. Amélie, quel effet ça fait de découvrir son œuvre en braille et de s’imaginer certains de vos lecteurs parcourant « Premier sang » avec leurs doigts ?

C’est beau et émouvant.

 

14. Avez-vous eu dans votre vie à côtoyer le handicap visuel ou le braille ?

Non.

 

15. Vous n’êtes pas sur les réseaux sociaux, vous n’utilisez pas d’ordinateur ni de smartphone. Les déficients visuels sont aussi pour beaucoup en marge de ces canaux de communication. Pourquoi ce choix du papier et de l’écriture manuscrite pour se relier aux autres ?

Parce que c’est ainsi que l’on ne se disperse pas.

 

16. À l’heure du « tout numérique » et de l’audio sensés nous faire gagner du temps, ne pensez-vous pas qu’au contraire, ces technologies nous font passer à côté des choses et du temps ?

Ces technologies faussement faciles relèvent de la pollution spirituelle. Elles nous conduisent à la solitude.

 

17. La lecture et l’écriture font partie d’un savoir indispensable pour avoir accès à l’éducation, à la formation, à l’information et au développement personnel au sens large. Aujourd’hui en France, sur les quelques 100 000 nouveaux livres qui sont édités chaque année, seuls 3 à 4% sont transcrits en braille. Que vous évoque cette pénurie de livres accessibles aux personnes aveugles ?

C’est incompréhensible et scandaleux.

 

18. L’édition adaptée pour les publics empêchés de lire est très mal connue des éditeurs et des auteurs, tout autant que très pauvre en termes de ressources et de moyens. En tant qu’écrivaine qui êtes au cœur du monde de l’édition, quels conseils auriez-vous à nous donner pour que nous puissions nous aussi prétendre au prix unique du livre et ainsi pouvoir démocratiser l’accès au livre ?

Il me semble que vous pourriez en parler à un élu de votre région. La politique devrait se soucier des aveugles.

 

20. Vous avez grandi, vécu et travaillé au Japon. Votre autre pays de cœur. S’il fallait adapter en braille un(e) auteur(e) japonais(e), lequel choisiriez-vous pour introduire les non-voyants à la littérature nippone ?

« Kafka sur le rivage » Haruki Murakami (2002).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kafka_sur_le_rivage

 

Un chaleureux merci Amélie d’avoir pris le temps d’échanger avec vos lecteurs braillistes par notre intermédiaire. On a hâte de vous retrouver et de continuer de vous lire, de vous découvrir. On se charge du braille pour cela !

Denis Guérin et Adeline Coursant.

 

En savoir plus / ressources :

– Tous les livres en braille d’Amélie Nothomb ici :

https://bit.ly/3sXLkGe

– Le site internet d’Amélie Nothomb :

www.amelie-nothomb.com

 

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