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Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Interview de Laetitia Bernard

pour la sortie en braille de son livre :

« Ma vie est un sport d’équipe »

Forte du succès de son livre « Ma vie est un sport d’équipe », Laetitia Bernard prend ces derniers mois la lumière des médias en tant qu’auteure. Médiatique ? Certes, puisque Laetitia est journaliste sportive à Radio France. Sportive ? Elle l’est aussi ! Cavalière depuis ses 13 ans, Laetitia Bernard est six fois championne de France de sauts d’obstacles handisport. « Handisport » vous avez dit ? Oui, Laetitia est aveugle. Mais ça, elle ne l’a pas choisi. 

Voila, c’est ça Laetitia Bernard. C’est une suite de choses qui s’enchainent ! Et son livre est à son image. Une procession d’étapes qui viennent quand l’heure est juste, un parcours en cascade qui souligne la vie comme une succession de rencontres, d’apprentissages gourmands, de besoins d’aide et de déterminations. Oui mais voila, rien ne se serait articulé si bien sans la capacité résiliente de Laetitia à savoir choisir, à sourire au risque, à savoir demander de l’aide.

Elle répond aux questions du CTEB dans cet interview où nous cherchons à capter ses leviers pour plus d’autonomie et de confiance en soi, ses recettes qu’elle a su construire tout au long de sa vie et qui prenaient déjà racine dans son enfance …

 

Bonjour Laëtitia.

1. Pourquoi ce livre et pourquoi à ce moment-là de votre vie ?

Laëtitia : J’ai écrit ce livre afin de témoigner, de faire partager mon expérience. Il est aussi bien destiné aux personnes handicapées ou à leur proche, qu’au grand public qui  est curieux d’en apprendre davantage sur la vie avec un handicap comme la cécité. J’ai commencé sa rédaction  à une période de vie plutôt posée, et le confinement m’a donné du temps pour le terminer.

 

2. Le titre de votre livre contient le message qui revient à la lecture de chaque période charnière de votre vie : s’adapter et jouer collectif. Se porter soi-même, s’autonomiser mais apprendre à demander et recevoir de l’aide est un équilibre difficile à acquérir pour tous. Selon vous, d’où vous vient cette faculté ?

Laëtitia :  c’est un apprentissage, un travail au quotidien, savoir observer, mais aussi être lucide sur sa situation ; j’ai la chance d’être très bien entourée depuis toute petite et bien conseillée.

 

3. Que vous a apporté votre environnement familial pour mieux vivre votre cécité ?

Laëtitia : La stabilité affective, on m’a toujours aimé tel que j’étais, et on m’a fait faire les mêmes choses que les autres ; les membres de ma famille ont toujours été et sont toujours très disponibles pour moi.

 

4. Vous semblez être une personne douée pour les études et assez persévérante pour les mener à bien. Aujourd’hui en France et selon vous, quelles sont les principales difficultés à relever pour un étudiant non-voyant voulant réussir ses études et prendre l’orientation de carrière de son choix ?

Laëtitia : Elles sont très nombreuses. Le plus important est d’être accompagné/épaulé par des personnes ou structures compétentes, dans une optique de performance/de résultat, et non de « charité ». De manière générale, L’étudiant en situation de  handicap doit savoir s’adapter, mais il ne pourra pas faire grand-chose si en face, l’université ou l’organisme de formation ne fait pas également sa part du « job ».

 

5. Quel constat faites-vous sur l’accès aux études pour les personnes déficientes visuelles ?

Laëtitia : Un énorme manque d’information sur ce qu’il est possible de faire, des difficultés à accéder aux documents de type manuels universitaires, pourtant les nouvelles technologies devraient ouvrir beaucoup plus de portes qu’il y a quelques années.

 

6. Chaque situation est personnelle mais quels conseils donneriez-vous aux professeurs en charge d’un étudiant non-voyant ?

Laëtitia : Garder son sang-froid, réfléchir à ce qu’il va être possible de faire, et non à ce qui ne sera pas possible.

 

7. Comment, selon vous, améliorer sa réussite dans ses études quand on est déficient visuel ?

Laëtitia : d’abord, comme pour tout étudiant,  en choisissant quelque chose qui lui plaît, il aura davantage de motivation, ce sera plus facile de s’accrocher ensuite, en se « blindant » sur le plan informatique, c’est la clé de beaucoup de choses, et ce sera très utile après dans un cadre professionnel. beaucoup de détails peuvent aussi jouer, comme par exemple, dans la mesure du possible,  habiter proche de son lieu d’études pour gagner du temps dans les transports et garder de l’énergie.

 

8. Braille ou numérique ? Lecture tactile et papier ou livre audio ?

Laëtitia : Un peu de tout, ça dépend. Le braille sur afficheur  quand je lis mes chroniques à la radio, papier quand je lis pour le plaisir à la maison. La lecture audio est omniprésente dans ma vie quotidienne, au travail, chez moi ou en déplacement.

 

9. Si vous étiez décisionnaire politique, que changeriez-vous en premier en France pour aider à une meilleure inclusion des déficients visuels ?

Laëtitia : Pour moi les 2 axes principaux sont : les déplacements et l’accès à l’informatique, indispensable pour l’autonomie. Concrètement, je mettrai des feux sonores à tous les carrefours, développerai les formations en locomotion. Côté informatique, faire en sorte que tous les sites web soient accessibles (sites administratifs, site pour courses alimentaires…),  mais aussi que les outils type smartphone ou ordinateurs soient utilisables par tous.

 

10. On est dans les Jeux Olympiques de Tokyo et nous entrons en septembre dans les épreuves paralympiques. Cavalière sportive et journaliste, comment cette actualité vous touche ?

Laëtitia : comme toute passionnée qui se respecte, je ne décolle pas de ma télé ou de ma radio pour suivre les résultats. Bien sûr, Je reste particulièrement sensible à la question de la médiatisation des jeux paralympiques. Après avoir couvert ceux de Londres, Sotchi, Rio et Pyeong Chang, j’ai réellement observé une belle progression et j’étais ravie sur ceux de Tokyo d’écouter ou de lire le travail de mes collègues de différents médias, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, notamment pour faire  exister le para Sport entre les périodes des jeux.

 

11. Quelle est la place du braille dans votre quotidien ? Avez-vous encore le temps de lire des livres ?

Laëtitia : j’écris aussi bien au clavier braille qu’au clavier azerty, je navigue entre les 2, mais je ne peux pas me passer du braille. A l’antenne, je lis en braille, et j’aime consulter certains documents en braille lorsqu’ils existent.

 

12. Il y a surement beaucoup de personnes avec un handicap visuel qui souhaitent devenir journaliste. Votre livre est un retour d’expérience précieux. À quoi faire attention pour espérer suivre cette carrière ?

Laëtitia :  bien se former, avoir une bonne connaissance de ce que font les journaux/ radios/télé/sites webs dans lesquels on aimerait travailler, afin d’imaginer le plus clairement possible ce que l’on pourrait y proposer et y faire. Et une fois encore tout particulièrement pour les personnes handicapées visuelles : être le plus opérationnel possible en informatique.

Liens et ressources :

– Quatrième de couverture et lien vers le livre en braille de Laetitia Bernard :

4h30 du matin, deux réveils résonnent, et tant pis pour les voisins. Pourquoi? Laetitia Bernard est journaliste sportive à la matinale de France Inter et de France Info. Elle n’allume pas sa lumière pour se lever, se doucher et démarrer. Pourquoi? Laetitia Bernard est aveugle de naissance. Certes elle ne deviendra jamais actrice, mais sa vie devient un sport d’équipe: aidée de ses parents, des enseignants, des bonnes copines, des chevaux, et avec un mental à toute épreuve, elle s’intègre parmi les écoliers et collégiens valides, jusqu’au bac obtenu avec mention bien.
Le mental? c’est l’allié des sportifs de haut niveau. Laetitia va le devenir: championne de France en sauts d’obstacle handisport, elle noue avec les cavaliers qui l’accompagnent des relations exceptionnelles.
Ce que Laetitia nous raconte dans ces chapitres fascinants, c’est tout ce que l’on peut faire, avec un handicap, plutôt que de s’arrêter à ce que l’on ne peut pas faire. Qui lui aurait prédit qu’elle intègrerait Sciences-Po à Strasbourg, qu’elle passerait une année Erasmus à Berlin, qu’elle poursuivrait dans la meilleure des écoles de journalisme (le CFJ)?
Elle est là pour témoigner, avec un souci de la vérité, avec un humour joyeux, avec une intelligence des situations tels qu’on aimerait, à son tour, faire équipe avec elle.

Ma vie est un sport d’équipe

 – Le compte Facebook de Laetitia Bernard :

https://www.facebook.com/laetitiabernardjournaliste

 

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