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Interview :

Le CTEB, une mission d’intérêt général !

Sur fond noir pour le CTEB et Vert pour Voir Ensemble le texte "Interview: le CTEB, une mission d'intérêt général"

Interview d’ Adeline Coursant, directrice du Cteb. Propos recueillis par Sylvie Thézé, article paru dans le journal « Voir demain » n°495 de juin 2024, revue nationale de l’association Voir Ensemble en lecture en ligne ici.

Trois dates importantes ont marqué l’histoire du Cteb.

La première,1989, a vu la réelle mise en route du Cteb. L’histoire est plus ancienne puisque la conception du premier logiciel de transcription en braille par Monique Truquet, ingénieur de recherche à l’Université Paul-Sabatier à Toulouse, date des années 1963 à 1966. Progressivement, elle a reçu des demandes, notamment du secteur privé, de la BNP par exemple, pour des relevés de compte en braille. Plusieurs demandes sont venues s’ajouter. Elle a alors envisagé la création d’une association, car son travail de recherche à la faculté ne lui permettait pas de répondre à toutes ces demandes. L’organisation a mis du temps à se mettre en place : le premier terminal braille a été construit par la société Sagem. Ensuite il a fallu trouver des locaux, vers 1987-1988, et, enfin, investir dans des embosseuses professionnelles. 1989 est donc le vrai démarrage de l’activité du Cteb.

Portrait de Monique Truquet, fondatrice du CTEB

Monique Truquet, fondatrice du CTEB

En 2019, nous avons reçu la déclaration d’intérêt général. C’est un peu différent de la reconnaissance d’utilité publique. La seconde ne concerne que les grosses organisations comme Voir Ensemble. Le Cteb n’est pas concurrencé par le secteur privé de l’édition adapté, nous nous autofinançons par nos ventes, mais il y a quand même une action
commerciale. Obtenir cette déclaration s’est révélé très compliqué parce qu’il a fallu prouver que personne ne faisait de livres en braille dans le secteur privé.
Le 4 janvier 2023 a vu l’arrivée du prix unique du livre : les livres en braille sont au même prix que les livres en librairie, autour de 20 euros. Avant, le prix d’un livre en braille se calculait en fonction du nombre de pages. Rentraient également dans le coût de production le matériel, la main d’œuvre, les frais de fonctionnement… Cela veut dire que produire un livre en braille revient en moyenne à 700 euros. A chaque fois que nous sélectionnons un livre que l’on va transcrire et ajouter à notre catalogue, nous espérons en vendre au moins dix exemplaires. C’est toujours le premier livre qui coûte cher. Si vous arrivez à en vendre dix exemplaires, chacun revient alors à 70 euros. Jusqu’alors, un livre revenait à une soixantaine d’euros pour les particuliers.

 

Une avancée considérable.

Il est très rare que nous arrivions à vendre un livre en dix exemplaires, nous ne rentrons donc pas dans nos frais. Sur les livres qui marchent très bien, Le Petit prince par exemple, nous avons réussi à en vendre 34 exemplaires en 2023. Nous avons un prix
médiathèque qui est un peu plus élevé, car chaque livre proposé dans ce cadre est mis en classeur, ce qui augmente le coût de production mais est nécessaire pour le rangement sur les rayonnages, la meilleure solution, car ils sont faits sur mesure.
Je pense qu’il est anormal que des personnes aveugles doivent débourser 60 euros pour acquérir un livre que les voyants vont payer 20 euros. J’ai cherché pendant neuf ans des moyens de baisser le prix du livre en braille, des subventions, des mécènes, j’ai rencontré le ministère de la Culture.
Cela n’a pas abouti. En outre, le prix du papier a été multiplié par trois ces dernières années ce qui a renchéri nos coûts de production. Il nous faut en moyenne 300 000 euros par an pour pérenniser le projet. Nous avons donc prévu une trésorerie grâce à nos fonds associatifs pour réaliser ce projet de prix unique du livre en braille. Le Conseil d’administration et le bureau du Cteb ont appuyé le projet. C’était un appel du pied vers les pouvoirs publics pour qu’ils nous aident. Nous nous sommes référés à la loi Lang du 10 août 1981 qui promeut le livre au prix unique. Ajouté à la loi sur l’égalité des chances de 2005, notre dossier était solide. Nous sommes malgré tout partis avant d’être sûrs d’avoir le soutien de la puissance publique, mais le sujet de l’édition adapté est trop important pour être mis de côté.

 

Et avant le 4 janvier 2023 ?

Auparavant, les livres étaient trois fois plus chers, mais on a toujours offert à nos clients la possibilité de nous retourner les livres achetés chez nous dans l’année, en bon état, en échange d’un avoir pour payer leur prochaine commande. Nous remettions ces livres de seconde lecture dans le circuit de l’occasion. Les particuliers avaient donc la possibilité de nous acheter des livres neufs aussi bien que des livres d’occasion.
Avec l’arrivée du livre en braille au tarif librairie, nous ne pouvons plus proposer des avoirs aux particuliers, nous sommes déjà déficitaires sur notre coût de fonctionnement. Nous sommes souvent sollicités par des écoles en Afrique et à Madagascar, mais nous avons des problèmes de logistique (transport, expédition…). Un problème résolu avec le partenariat noué avec la commission de la Solidarité internationale (CSI) de Voir Ensemble. Cette commission fait des envois réguliers de matériels à destination d’écoles ou de centres de formation en Afrique francophone et à Madagascar. Tous les clients qui ont commandé des livres neufs chez nous ont été informés que, dorénavant, nous n’acceptions plus le retour des livres de seconde lecture, mais qu’ils pouvaient les envoyer à la CSI qui se chargeait de l’envoi vers les structures repérées en Afrique.
110 000 livres sortent chaque année, le Cteb est capable d’en produire 200. Il y a donc toujours une pénurie de livres pour les
personnes aveugles. Nous avons un autre projet qui nous tient à cœur : éditer un livre à un seul exemplaire revient extrêmement cher,
mais j’aimerais beaucoup à l’avenir pouvoir répondre à une demande de transcription spécifique, et cela toujours au prix unique.

 

Un partenariat gagnant-gagnant

Ce partenariat s’est mis en place entre le Centre de transcription et d’édition en braille (Cteb) et la commission de la Solidarité internationale de l’association Voir Ensemble pour l’envoi de livres en braille de seconde lecture hors de l’Hexagone. D’une part, les livres en braille prennent énormément de place chez les grands lecteurs, d’autre part, ils font le bonheur des structures africaines et malgaches qui les reçoivent et rencontrent des difficultés d’accès à ce matériel éducatif. Alors les livres d’occasion stockés par le CTEB depuis le passage au prix librairie vont faire leur bonheur et ont été donné à la CSI de Voir Ensemble. Article sur ce don exceptionnel à lire ici.

Témoignage d’Alain Bardet, membre de la CSI :

« Un partenariat enrichissant !  Lors d’une commande de livres, le Cteb envoie un courrier proposant aux acheteurs de donner à la CSI les livres dont ils n’ont plus l’usage. Nous les redistribuons à des écoles ou des bibliothèques en Afrique : ils trouvent ainsi une seconde vie et permettent à des élèves de ces centres ou en inclusion de découvrir des auteurs contemporains ou plus anciens auxquels ils n’ont
pas accès, sans parler des ouvrages pour adolescents ou adultes. Nous recevons en moyenne une dizaine de titre par mois. De
chaleureux remerciements à tous ceux qui contribuent ainsi à notre action commune, à commencer par le CTEB. »

Retrouvez les modalités pour faire don de vos livres en braille à Voir Ensemble ici .

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