Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

« La mémoire des dieux et des hommes »

Laissez-vous conter le Népal…

Interview de Vincent Metral

Il découvre le Népal à l’automne 2007. Il remplira les années qui suivront de périples, d’amitiés, d’aventures en moto, en bus ou à pied, de vallées surpeuplées et polluées, de cimes minérales enneigées et désertiques, d’émotions et de connexions comme ce pays himalayen peut tant vous en donner. Vincent Metral choisi alors étonnamment les comtes traditionnels népalais comme angle de vue pour vous faire connaitre cette culture qui a tant à dire, tant à offrir, et qui pourrait bien, … comme lui, nous changer !

Bonjour Vincent.

Une longue relation avec un pays lointain, des conférences et des projets autour de ce livre dont vous souhaitez qu’il provoque l’échange… On sent chez vous un véritable amour du Népal. Diriez-vous que vous y avez trouvé votre place ?

– J’ai effectivement une affection particulière pour le Népal et surtout pour ses habitants. Mon meilleur ami n’est pas étranger à cette inclinaison. La famille népalaise qui m’a « adopté » m’a beaucoup apporté. J’ai beaucoup appris sur l’Hindouisme (la philosophie de vie), sur le monde (comment les pays riches exploitent la misère du monde) et sur moi-même. Je pense avoir ma place au Népal car j’y suis bien. Je m’intègre partout assez facilement en général. Je nourrie le dessein d’y voyager encore souvent. Pour moi, le Népal est un autre monde. J’y suis donc dépaysé, et en même temps, j’y suis bien, libre, et moi-même.

Vous êtes surtout de Haute-Savoie. Mais aussi un grand voyageur. Que pensez-vous du besoin de « racine » pour un être humain. En avez-vous ? 

– Je ne connais pas le besoin de racine. Je me suis toujours senti libre et à l’aise partout. C’est peut-être parce que je pense être ouvert et équilibré. Je suis haut-savoyard et je pense vieillir dans mon chalet, mais cela me parait encore loin.

Qu’est-ce qui dans votre vie, votre histoire,  vous a poussé à voyager selon vous ?

– J’ai toujours voulu voyager. Je ne sais pas pourquoi. Depuis le plus jeune âge, j’ai voulu apprendre l’anglais pour parler comme John Wayne et partir faire fortune à Las Vegas. Après mes études supérieures, c’est finalement au Moyen-Orient que je suis parti. Il se trouve que j’adore vivre dans la culture islamo-arabe (j’y ai vécu 14 ans). A la moindre occasion, j’ai parcouru le monde entier. Je suis curieux et intrépide.

Votre livre raconte les mythes fondateurs de la vallée de Katmandou au Népal à travers cinq légendes orales traditionnelles. Mais pour nous les conter, vous les complétez de passages de votre propre création. J’imagine le plaisir ressenti en injectant sa propre créativité et son propre imaginaire dans une histoire déjà codée il y a des siècles. C’est une démarche rare, pourriez-vous nous en dire un peu plus ?

– Disons que j’ai profité de la narration pour faire découvrir la faune, la flore ou des traditions locales. Je voulais que mon livre soit une occasion de voyager, de s’évader jusqu’aux montagnes de l’Himalaya. J’ai donc essayé de mettre le lecteur dans l’atmosphère du Népal.

Le plus grand exemple de mon « injection créatrice » est sans doute le voyage de Yudhishtra vers le Mont Méru. Son périple fait bien partie des épopées contées dans le grand livre indien, le Mahabharata. Mais j’ai profité de l’occasion pour faire de ce périple une traversé du Népal des altitudes les plus basses au plus hautes : les plaines du Térai, les collines de Siwaliks, la vallée de Katmandou, les gorges de Kali Gandaki, les grottes du Mustang, et enfin les hauts sommets de l’Himalaya. Tout cela n’est pas dans le récit originel, mais cela est ma contribution, ma liberté en tant qu’écrivain. Comme je le dis dans l’avant-propos, il existe de nombreuses variantes aux mythes. Chaque peuple du Népal, dans sa propre vallée ou son village, a adapté le récit afin de mieux coller à la réalité locale. C’est ce que je me suis autorisé à faire à mon tour.

Vous avez écrit à propos de ces légendes : « c’est une certaine idée des balbutiements de l’humanité et de la civilisation ». Quelle est cette vision ?

– Je fais ici référence à la sédentarisation des hommes, à l’apprentissage de l’agriculture et des arts, à la domestication des espèces animales. Les mythes et légendes du Népal racontent une version (possible) de comment les évènements se sont passés il y a très longtemps. Il y a des similitudes entre les mythes indo-européens. Des auteurs pensent qu’il y a une origine commune à tous les mythes. Ce qui est assez logique puisque nous descendons tous du même groupe d’Homo Sapiens. Par contre, il est singulier que ces mythes soient parvenus jusqu’à nous depuis des millénaires.

Vous souhaitez que l’art et la culture soient échangeables gratuitement et que les handicapés y aient mieux accès. Le CTEB a transcrit votre livre en braille. Quel est votre parti pris?

– Je ne suis pas impliqué dans les associations qui soutiennent quelques causes, sans doute par mon absence du territoire français pendant longtemps. Je dirais plutôt que c’est un souhait de citoyen de voir toutes les écoles, les services publics, les arts… accessibles à tous les citoyens quelque soit leur handicap. Je ne suis pas expert en la matière mais je souhaiterai que l’école accueille les enfants handicapés afin de les intégrer plus à notre société. Il sera d’autant plus facile de vaincre les réticences à l’embauche si les managers / patrons ont fait leurs classes avec des handicapés. La langue des signes et le braille devraient, à mon avis, être appris à tous dés l’école primaire, au même titre que le BEPS ou la natation. Pour cela il faudrait que les mentalités changent fortement. Aussi, à ma petite échelle, je fais ce que je peux en partageant mon livre.

La génèse des livres, la personnalité des auteurs et leur expérience de vie ont bien souvent autant que leurs livres a nous enseigner. Merci Vincent de vous êtres livré pour les lecteurs du CTEB. 

Bonus Podcast. Réécoutez l’entretien de Vincent Metral avec Christine Martinez pour présenter son livre sur France Bleu ici :

https://bit.ly/3q0JYH0

Commander le livre en braille ici :

https://www.cteb.fr/librairie/nouveautes/la-memoire-des-dieux-et-des-hommes/

Quatrième de couverture :

Les origines du Népal et de ses habitants se perdent dans la nuit des temps. Entre ciel et terre, aux confins du monde réel et des aires de mystères, les dieux et les hommes d’alors se côtoyaient pour façonner l’univers. La littérature orale passée de génération en génération jusqu’à nos jours est le témoin de cette mémoire collective. Les épopées de personnages célèbres et de puissantes divinités de l’hindouisme et du bouddhisme ont engendré le riche héritage qui constitue le patrimoine culturel unique du Népal d’aujourd’hui: les sites sacrés, les cités millénaires, les festivals et les spiritualités. Si la toile de fond de ces cinq mythes et légendes est l’Himalaya, c’est une certaine idée des balbutiements de l’humanité et de la civilisation qui est interprétée à travers le folklore népalais. Comme souvent, les histoires de montagnes sont avant tout des histoires d’hommes.

Partager ce contenu sur les réseaux :