Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

« L’art de baiser »: un manuel polémique transcrit en braille.

Interview de Vincent Body Expert, son auteur.

« Je n’ai pas envie de faire de la pub pour ce livre mais je n’ai pas envie de le censurer non plus ». Voici le dilemme qui nous resta entre les mains après quelques semaines de débat interne sur l’adaptation ou non de « L’art de baiser », ce livre au ton particulier.

Les parti-pris de l’auteur et l’auteur lui-même, intelligent et direct, avec son métier d’Escort boy et d’acteur porno, sa relation au sensible, aux femmes, à la sexualité, aux mots, … ont touché bien des choses en nous. À n’en pas douter, la polémique dans l’équipe à la lecture de ce livre sur les techniques actuelles des professionnels du sexe, ne nous est surement pas propre. Ce livre existe, nous l’avons adapté en braille. Il aurait pu être rangé dans le coin d’une armoire mais nous avons choisi de nous en servir comme support, d’exemple pour aborder des questions de fond sur l’industrie du sexe, son lexique, ses mensonges, ses dangers et ses plaisirs. Un point de vue venant de l’intérieur… Et si à coté de tout cela s’articule dans ce dossier d’autres sensibilités et expertises, alors on a pensé faire un pas vers un vrai débat, ouvert et inclusif !

 

Bonjour Vincent.

Question 1. Votre livre « L’art de baiser » est un manuel pratique sur le sexe professionnel en rapport avec votre expérience personnelle. Des chapitres courts, aérés, succincts, un texte sans recherche de style qui va à l’essentiel, sans répétition ni longue explication. Un chapitre équivaut à une question, une technique, un cliché dénoncé ou une problématique suivant que vous êtes un homme, une femme ou que celle-ci concernent les deux genres. Ensuite les chapitres s’organisent en commençant par une courte définition du sujet retenu, vous posez vos constats et vous promulguez vos conseils. Puis un petit paragraphe « conclusion » résume le tout à l’extrême.

Icone moins de 18 ans.

Quel est votre objectif avec ce livre au sujet ambitieux car sensible, et avec ce format ?

 

 

 

Bonjour,

Ce livre répond à 3 objectifs. Le premier est de répondre à des demandes très nombreuses de personnes qui cherchent des réponses soit pour devenir plus performantes et impressionner leur partenaire, soit pour corriger des problèmes d’ordre physiologique afin de mieux vivre leur sexualité.

Le second objectif est de pouvoir apporter au public, pour la première fois, un manuel complet, purement technique, et avec une structure optimisée pour mémoriser facilement et rapidement les informations afin d’être opérationnel et performant immédiatement après sa lecture. Sa conception est unique dans les livres sur le sexe.

Le troisième et dernier objectif de ce livre est de rétablir une certaine vérité autour de la sexualité, car mes observations sur le terrain étaient presque toutes à l’opposé des conseils prodigués par la plupart des professionnels qui traitent de sexe tels que les Sexologues, Coachs spécialisés, YouTubeurs, journalistes, acteurs et actrices porno, etc. Dans le secteur de l’information sur le sexe, je n’ai constaté que des prétendus spécialistes donner des infos mauvaises ou incomplètes soit car ils n’ont aucune expérience conséquente dans le sexe, soit car ils ont seulement une expérience avec des professionnels du porno et non des personnes de la vie normale. Sans oublier tous les escrocs qui font de la désinformation pour diverses raisons idéologiques, et ceux qui vendent des produits inefficaces pour résoudre les troubles sexuels lorsque ceux-ci peuvent être la grande partie du temps résolus avec des connaissances adéquates sur le fonctionnement du corps.

Bref, j’étais lassé de voir autant de pseudos spécialistes raconter n’importe quoi à des personnes désireuses de réels conseils et solutions, alors j’ai décidé de rééquilibrer la balance. J’ai écrit et publié un livre dans lequel j’ai partagé toutes mes connaissances acquises sur le terrain. J’y ai expliqué tous les mécanismes de la sexualité afin de permettre à toute personne, homme ou femme, avec ou sans handicap, d’atteindre le plus haut niveau de performance et de procurer un plaisir maximal via des techniques méconnues du grand public.

 

2. Vous vous dénommez maintenant « instructeur » et non « conseiller » ou « coach » en techniques sexuelles. Vous avez auparavant travaillé durant 6 années en tant qu’Escort-boy, masseur érotique et acteur porno. Vous faites le décompte de 1 400 conquêtes pendant cette période. Pour le néophyte, qu’est-ce que veut dire le terme d’Escort Boy en 2021 ? Quelles sont les différences avec l’acteur de film X et le masseur érotique ? Quel a été votre cheminement jusqu’à ces métiers atypiques et encore tabous ?

Vincent BodyExpert parle face caméra devant un grand écran de TV.-Je me définis plutôt comme Instructeur en effet, mais le public m’appelle aussi bien coach ou conseiller. Les titres varient selon les tendances du moment et du public mais le travail de conseil est exactement le même.

J’ai en effet été Escort Boy durant 6 années. C’est un terme employé pour dire que vous êtes payé pour réaliser des prestations sexuelles d’un niveau supérieur, haut de gamme. J’étais sollicité soit par des femmes qui recherchaient la pure performance, soit par des hommes qui voulaient que je baise leur femme devant eux tel un spectacle érotique, ou voulaient réaliser un plan à trois où nous prenions à deux leur femme pour réaliser un fantasme du couple.

Concernant l’acteur porno, sa fonction est de baiser pour produire des films, des vidéos ou une série de photos dans un but commercial.

Quant au masseur érotique, officiellement sa fonction est de réaliser un massage tel un spectacle érotique sans aucune prestation sexuelle. Mais officieusement il y a très souvent du sexe, car c’est ce que la clientèle réclame.

Concernant mon cheminement, j’ai commencé par faire des massages relaxants aux domiciles des particuliers mais sans succès. Ça n’intéressait pas particulièrement les gens. Puis de temps en temps, j’avais des demandes de femmes pour des massages érotiques mais je n’en proposais pas. Alors j’ai changé ma stratégie commerciale et j’ai viré toute ma gamme de massages relaxants durant 1 mois pour proposer une nouvelle gamme de massages mais érotiques. Là ça a commencé à parler au public. Puis, des hommes m’ont contacté pour offrir des massages érotiques à leur femme, et à partir de ce constat j’ai changé à nouveau ma stratégie commerciale pour proposer des massages érotiques pour femme mais où le conjoint pouvait assister ou participer. Et là, ça a été le jackpot. De fil en aiguille, j’ai fait un peu de porno, puis me suis orienté vers la partie Escort qui fut la plus grande demande auprès de la clientèle. Pour résumer, je n’étais pas du tout prédisposé pour travailler dans ce secteur. Ça a été le hasard. J’ai vu ce qui ne fonctionnait pas et ce qui fonctionnait, et je me suis adapté à la demande.

 

3. Votre livre est frontal. Vous ne dissertez pas, vous assenez. Jusqu’au lexique volontairement cru. Vous êtes d’ailleurs très franc en préambule de votre livre où vous écrivez : « Le sexe s’apprend, pas les sentiments ! Dans ce livre, vous ne trouverez que des techniques liées au sexe. Je n’aborde à aucun moment le côté sentimental. Avec mes techniques, vous pouvez tout aussi bien être sentimental, sensuel ou prévenant, que sauvage, bestial ou brutal. Libre à vous de les adapter selon vos envies ».

Je crois qu’il résulte de ce ton volontairement abrupt et de cette absence d’émotion le fait que votre livre soit difficile à accueillir, dérangeant ou « agressif » pour certains. Vous dites d’ailleurs subir une importante censure de la part des médias et des diffuseurs pour vendre votre livre.

Est-ce volontaire de votre part ? Souhaitiez-vous que ce livre créer la polémique en l’écrivant de la sorte ou est-ce une déformation professionnelle de l’Escort qui s’identifie avec le temps à son environnement professionnel ? Ou êtes-vous tout simplement d’un caractère plutôt insolent et iconoclaste ?

Il est tout à fait compréhensible que certaines personnes ne s’identifient pas avec ce style purement technique, dénué d’émotion. J’ai toujours l’habitude de dire que les émotions sont bonnes, mais avec un juste équilibre.

Premièrement sur le terrain, j’ai constaté beaucoup trop souvent un déséquilibre où des personnes étaient complètement sous l’emprise de leurs émotions et avaient perdu toute objectivité et tout sens de l’observation. Et cela avait pour conséquences des personnes qui étaient persuadées que leurs sentiments ou leur amour suffisaient à procurer du plaisir ou des bonnes sensations, et ne se rendaient pas compte qu’elles procuraient en réalité peu de plaisir voire même de la douleur dans certains cas. Par conséquent, j’ai dû remettre les pieds sur terre à un certain public déconnecté de la réalité et qui manquait cruellement d’observation. Et très souvent pour ce public, l’atterrissage est souvent abrupt.

Deuxièmement, j’ai dépeint une réalité sans concession des rapports hommes / femmes telle que mes observations du terrain m’ont montré. Si mon expérience m’avait montré une autre image, j’en aurais montré une autre. Mais c’est une tout autre réalité que le terrain m’a montrée. Si j’avais voulu caresser le public dans le sens du poil ou flatter son égo, j’aurais fait comme tous les autres auteurs avec des livres édulcorés, et qui s’auto censurent pour éviter de faire peur à leur maison d’édition et de se voir interdire la vente de leur livre.

Le but de ce livre n’était donc pas de créer une polémique mais d’apporter une réelle image de la société au public qu’elle soit dure ou non.

Concernant la censure des médias et des maisons d’éditions spécialisées dans l’érotisme et le porno, elle était tout à fait prévisible. On ne peut pas la fois écrire un livre dans lequel on dénonce la supercherie des sex-toys, des produits aphrodisiaques, des livres du Kâmasûtra, de l’industrie du porno etc., et être diffusé par ces mêmes médias et maisons d’éditions qui font la promotion de tout ça. Ça serait pour elles se tirer une balle dans le pied que d’accepter de promouvoir un livre comme le mien qui détruit tout leur business.

 

4. Votre livre s’intitule « l’art de baiser, la formation pro sur le sexe ». Pourquoi vouloir professionnaliser les gens ?

Couverture du livre L'art de baiser.-Ce n’est pas ma volonté de vouloir professionnaliser les gens, mais la leur de vouloir devenir des pros. Il y a toujours des personnes qui se passionnent pour vouloir chanter comme des pros, conduire comme de véritables pilotes, ou faire du sport comme des athlètes de haut niveau, et le sexe n’y échappe pas. Par conséquent, de nombreux hommes et femmes veulent également avoir des compétences de pro dans le domaine du sexe pour leur plaisir et celui de leur partenaire.

 

5. Votre livre a évoqué des sentiments très différents au sein même de notre équipe et a suscité un vif débat. À l’heure même où la société s’empare sur bien des fronts de ses démons sur le rapport homme-femme trop sexualisé et déséquilibré, nous nous sommes demandé quel message véhiculerait votre livre ? Nous avons finalement décidé de le transcrire en braille. Dans une volonté d’éclectisme et d’ouverture littéraire car votre ouvrage est hors catégorie, mais aussi pour laisser le choix aux personnes en situation de cécité de découvrir le corps, l’acte sexuel, la jouissance, le coït, le partenaire, certaines pratiques, … sous un angle technique.

Et vous inversement, quel est votre rapport avec le handicap ? Pourquoi avoir voulu votre livre en braille ?

-Je suis ravi de savoir que malgré les différences de points de vue au sein de votre équipe, celle-ci ait décidé de transcrire mon ouvrage en braille. Je suis toujours pour la liberté d’expression et le fait de laisser le lecteur se forger son propre avis sur un ouvrage, plutôt que de censurer ce dernier et que des intermédiaires décident pour le lecteur ce qui est bien ou non. Même si certaines personnes de votre équipe n’ont pas apprécié le style du livre, plusieurs milliers de personnes qui se le sont procuré via mon site internet l’ont apprécié, et ont été très satisfaites de pouvoir résoudre leurs troubles sexuels, augmenter leur performance, ou mieux vivre leur couple.

Concernant mon rapport avec le handicap, celui-ci est arrivé durant mon activité d’Escort lorsque j’ai rencontré plusieurs clientes sourdes et muettes. Faisant beaucoup de vidéos sur YouTube où je transmettais une partie de mes techniques et de mes observations, je me suis aperçu que rien n’était accessible pour les sourds. Alors j’ai commencé à sous-titrer chacune de mes vidéos pour qu’ils aient eux aussi accès aux connaissances.

Plus tard, je me suis demandé comment faisaient les personnes aveugles pour en apprendre plus sur le sexe, et après des recherches sur internet, j’ai constaté qu’il n’y avait strictement rien pour eux. Il y avait seulement des fictions et romans érotiques, mais aucun ouvrage leur permettant de comprendre les mécanismes de la sexualité. Le secteur du sexe est la 2ème industrie au monde, et aucun professionnel n’a jugé bon de faire un geste d’entraide envers les aveugles. Donc là aussi j’ai voulu rétablir un certain équilibre en leur permettant un accès aux connaissances.

 

6. Même si nous voyons à travers ce dossier que l’industrie du X a certains nouveaux courants alternatifs plus inclusifs et égalitaires, la performance sexuelle reste de toute façon véhiculée partout par le porno et il soumet bon nombre d’esprits à de nombreuses questions et des croyances qui n’osent pas être soulevées. Vous dénoncez dans votre livre certains clichés et illusions de cette industrie (les sex-toys, le viagra, les gros pénis, les tournages). Pourquoi ? Quelle-est votre posture par rapport à ce milieu et ce marché du sexe dont vous êtes également un acteur et un diffuseur ?

Une femme de dos en lingerie avec Vincent Body Expert

-Si je dénonce les supercheries de l’industrie du porno, des sextoys, des produits aphrodisiaques, etc. C’est surtout car je trouve anormale qu’ils fassent de la désinformation de masse, et vendent une multitude de produits et d’accessoires volontairement inefficaces pour avoir une clientèle constamment insatisfaite et renouveler leurs ventes avec de nouveaux articles année après année.

Autre précision, bien que j’ai travaillé brièvement dans le secteur de la pornographie, je n’ai jamais travaillé pour des productions extérieures justement à cause de ce manque d’éthique. J’ai toujours travaillé à mon compte, de manière indépendante justement pour ne pas être obligé de montrer du faux.

 

7. Vous êtes-vous endurci dans votre sexualité après avoir fait ces métiers ?

-À mes débuts, j’étais tout le temps romantique et prévenant avec les femmes. Mais elles m’ont vite fait comprendre qu’elles préféraient l’homme aventurier plutôt que le romantique. Alors je me suis adapté, et j’ai évolué pour répondre aux plus proches à leurs attentes.

Au final je ne me suis pas endurci, j’ai juste mieux compris les femmes ce qui m’a permis de leur apporter plus de plaisir, et d’éviter certains problèmes avec certaines. Ces expériences professionnelles m’ont été très enrichissantes et positives.

 

8. Vous avez certainement réalisé beaucoup de vos fantasmes ? Faut-il finalement chercher à les réaliser ?

-J’ai en effet réalisé beaucoup de fantasmes mais car cela m’était demandé dans le cadre de mon métier. Si ça avait été exclusivement dans le privé, il y en a beaucoup que je n’aurais pas réalisés car je n’en éprouvais pas l’extrême envie. Donc non, il n’est pas nécessaire de réaliser tous ses fantasmes pour avoir une sexualité épanouissante.

 

9. Selon vous, une belle sexualité est faite de quoi ?

Selon moi, une belle sexualité c’est savoir procurer et ressentir d’intenses sensations de plaisir chez les 2 partenaires. C’est un plaisir bilatéral et non unilatéral. Et pour y arriver, cela nécessite certaines connaissances techniques, ainsi qu’un sens de l’observation et de l’adaptation.

Un baiser passionné en zoom.

10. Après toutes ces expériences et ces partenaires, quel est pour vous l’intérêt du sexe ?

-Mon intérêt envers le sexe est toujours le plaisir. J’adore énormément emmener ma partenaire au maximum de son excitation et de son plaisir, lui faire découvrir de nouvelles sensations, ou chercher de nouvelles méthodes pour procurer des orgasmes. Voir sa partenaire ultra excitée, c’est le top du top pour moi.

 

11. La maladie, les complexes physiques, le handicap peuvent limiter la performance sexuelle. Un conseil pour prendre plus de plaisir malgré tout ?

-Malgré la maladie, les complexes physiques ou le handicap, je conseillerais à ces personnes de développer leurs connaissances sur la sexualité, ce qui fera tomber un bon nombre de leurs appréhensions et leur permettra assurément de prendre plus de plaisir.

Pour avoir déjà rencontré quelques femmes sourdes et muettes et d’autres atteintes d’un cancer avancé, je peux vous affirmer qu’après que je leur ai apportées des explications concrètes sur la sexualité, elles étaient beaucoup plus confiantes et performantes qu’à leur arrivée.

Par ailleurs, la performance est liée aux connaissances, à la capacité d’observation, à la capacité d’adaptation face aux réactions du partenaire, et à l’attitude. Et je peux vous garantir que la plupart de ces compétences sont accessibles à toute personne quel que soit son handicap ou sa maladie. Faut juste avoir les bons outils pour progresser.

 

12. Un mot pour vos lecteurs privés de la vue et qui découvriront votre livre par le braille et par la pulpe de leurs doigts ?

-Je leur souhaite une très bonne lecture, et leur dirais que même avec un sens en moins, ils peuvent être tout aussi performant qu’une personne voyante. J’ajouterai également que s’ils ont des questions complémentaires à mon livre, ils peuvent me contacter pour en discuter.

 

Merci Vincent pour cet échange et cet éclairage précieux.

 

 

En savoir plus :

« L’art de Baiser » en braille : https://www.cteb.fr/librairie/nouveautes/lart-de-baiser/

Site internet: www.sexe-elite.com

YouTube, Twitter, Instagram et Facebook : rechercher « Body Expert »

 

Crédits photos : Vincent Body Expert et Mia Harvey.

 

 

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