Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Portrait de bénévole :

Rencontre avec Aymeric Athiel,

artiste épris de braille et bénévole au CTEB.

Être bénévole au CTEB, c’est venir nous voir quelques heures par mois ou travailler de chez soi, à son rythme, pour nous aider dans des tâches liées à la lecture/littérature et au braille, en lien direct avec les salariés et nos missions les plus importantes depuis 30 ans. Comme toutes les associations, c’est avec l’aide de bénévoles que nous pouvons avancer, résister et apporter notre aide aux déficients visuels francophones depuis 30 ans, surtout au milieu de crise comme celle celle que nous traversons.

Mise sous pli des relevés bancaires, préparateur de livre pour leur adaptation, relecteur des livres, … si vous voulez en savoir plus sur nos propositions de bénévolat et venir nous aider, cliquez ici.

Il n’y a pas de profil type, il n’y a pas de personne-type, chacun venant trouver dans ce temps et ce partenariat passés avec nous des plaisirs et des motivations bien éclectiques. Ça tombe bien, nous on aime ça l’éclectisme. Alors pour rendre hommage à nos bénévoles, on a eu envie d’accueillir et de vous présenter le dernier en date : Aymeric, 29 ans, artiste, voyant, humaniste, personnalité passionnée et passionnante, épris de braille …

Bonjour Aymeric. Ton parcours de vie en quelques lignes : exercice facile ou difficile pour toi ?

– Bonjour. Je suis né à Toulouse il y a 29 ans et deux confinements environs. Dans le jeu des 7 familles je serais dans la famille des Artistes : la grand-mère, le père, la mère et moi-même. Je traîne donc au milieu des couleurs, de la perspective, des toiles et de la térébenthine depuis tout petit.

Je n’ai pas fait d’école d’art car l’école et moi, on ne s’est pas bien compris. J’aime apprendre seul sans l’effet de compétition que génère une classe, les notes et tout le tralala…

En 2012 première expositions. Mon travail plaît et je vends mes premières toiles tout en exerçant mon nouveau métier de menuisier-ébéniste à temps plein. C’est bien beau mais ma vie devient métro, boulot, techno. J’en ai marre, je fais mes valises pour Bruxelles afin de développer mon activité d’artiste et changer d’air.

J’expose en Belgique, en France. Après 6 ans en Belgique, je rentre pour construire un atelier avec les vieux copains dans « La Fourmilière » à Coufouleux (81800). Facebook : @LaFourmilereCouffouleux

Pour me tester j’ai fait ça tout seul, avec trois cacahuètes, une poulie, des cordes, de la patience, parfois du désespoir mais surtout beaucoup de passion. Mon objectif est d’en faire un atelier/œuvre d’art, beau et fonctionnel. Il est en deux parties et taillé à mon image. On y fait du copeau en bas, la couleur danse à l’étage et on sort par la fenêtre en rappel dans des cordes, suspendu à la charpente métallique. Oui, sortir par la porte d’entrée c’est has been ! C’est tantôt mon lieu de travail, mon lieu de repli, mon exutoire, ma prison et mon espace de liberté !

 

Un bénévole, on pense souvent que c’est quelqu’un qui a plus de temps que les autres, voir trop. Tu en penses quoi ?

– Un jour j’ai lu je ne sais plus où et par je ne sais plus qui cette phrase : « celui qui vient pour recevoir est déjà perdant, celui qui vient pour donner a tout gagné . » Cette phrase m’a marqué et j’essaye de l’appliquer à ma vie maintenant.

En ce qui me concerne je n’ai pas plus de temps que les autres, en revanche avec l’âge j’apprends à donner du temps à ce qui me semble vraiment important pour moi et envoyer bouler ce qui est néfaste. J’ai beaucoup donné dans des boulots vides de sens et avec des valeurs humaines quasi inexistantes ou tu détruits ta santé et ton environnement en faisant 8h par jour un truc idiot. Pour faire ça, autant rester au lit en rêvant d’une vie plus belle !

Maintenant je préfère donner un peu de mon temps gratuitement pour une belle cause qui me fait rêver que de perdre mon temps dans un boulot que je n’aime pas contre un peu d’argent. Tant que j’ai de quoi manger, apprendre et partager humainement. Tout le reste…

 

Sais-tu d’où vient ton engagement bénévole ?

– Je ne sais pas trop d’où ça vient. En fait je crois que c’est un besoin viscérale de me rapprocher des humains. C’est sûrement un manque. Le don de soi est une valeur qu’aucun billet ne peut égaler. Ça a commencé il y a 2 ans, je voulais passer mon brevet de secouriste chez les pompiers. Ca m’a donné envie d’être pompier-volontaire.

Finalement je ne suis pas devenu pompier volontaire mais je suis brailliste volontaire au CTEB, volontaire pour « les auxiliaires des aveugles » et j’apprends la LSF (langue des signes Française) pour pouvoir communiquer avec les sourds et travailler avec eux. J’aime quand même bien mes semblables !

 

 Après vos motivations avouables et légitimes, quelles sont celles plus secrètes que tu ne nous as pas dites ?

– Bon… Puisqu’il est temps d’avouer…

Je rêve de lire en tactile mon premier livre braille ! Je suis donc venu à la source, car il paraît que c’est ici que ça se passe ! Plus sérieusement je suis venu vers vous en tant qu’artiste passionné par le braille et qui cherche à faire des projets stimulants et utiles. Je pense que l’on a des intérêts communs, je voulais rencontrer l’équipe de choc, rencontrer les embosseuses magiques. Moi je suis l’enfant et vous vous êtes la fabrique à jouet du père-noël.

D’ailleurs je rêve de rencontrer la mère noël du CTEB Monique Truquet ! Bravo à elle pour tout ce qu’elle a mis en œuvre et à vous de faire vivre tout ça pour permettre aux aveugles de France et plus loin encore d’avoir accès à la culture du bout des doigts (Ndlr : notre fondatrice qui est aussi devenue notre plus fidèle bénévole une fois à la retraite en continuant de préparer des livres, chapeau !).

 

 Pourquoi avoir choisi le CTEB et comment nous as-tu connu ?

– Après mon retour dans la région Toulousaine et mon auto-intégration inattendue dans le monde du braille, ma rencontre avec le CTEB est vite tombée sous le sens. En cherchant de la documentation sur le braille j’ai fini par tomber sur votre site internet. Puis quelques mois plus tard je vois l’onglet « bénévolat » j’ai appelé directement.

Après une première visite et une journée de pliage de relevés bancaires plus tard me voilà à écrire ces phrases. Pendant le confinement (saison1) j’ai pu récupérer le journal local que vous embossez au CTEB. C’était mon seul moyen d’avoir accès à du vrai braille pendant le confinement. C’était ma première fois, j’étais ému ! J’en ai deux que je conserve comme des reliques au pied du lit et que je lis, après avoir éteint la lumière, bien évidemment.

 

 Quel est ton rapport, ton histoire personnelle avec les aveugles et la cécité ?

– À vrai dire, c’est le Braille qui m’a amené à m’intéresser aux aveugles. Il y a 5 ans je commence à apprendre l’italien, l’alphabet est le même mais il y a moins de lettre qu’en Français.

Je me suis donc penché sur les différents alphabets dans le monde puis sur les systèmes de communication existants comme la sténographie ou le morse. De là, je découvre des systèmes tactiles plus ou moins efficaces comme le système Lana, barbier, Hauy … et le système jamais détrôné jusqu’alors, le Braille.

Je suis encore naïf au sujet de la cécité mais plus je creuse, plus j’y vois des possibilités, plus j’apprends, plus le sujet me passionne.

 

 Ton bénévolat au CTEB pour l’instant c’est comment ?

– Au CTEB on est bien reçu, il y a de la bienveillance et de la rigolade. Le pliage des relevés est évidemment un peu répétitif mais ce n’est rien. L’accès à l’informatique étant chère est compliqué pour certains aveugles, c’est essentiel qu’un lieu comme celui-ci existe avec des bénévoles.

On peut y boire plein de café, plein de thé et pratiquer la lecture du braille. Il y a des humains qui se hâtent pour faire marcher des machines marrantes ou l’inverse je na sais plus et une petite bestiole blanche toute aussi marrante qui galope. Rien que pour ça, ça vaut le coup de venir.

On y fait des bosses dans du papier pour en faire des livres tactiles qui sont envoyés aux aveugles. C’est juste unique. J’aime cet endroit car il est rare. C’est un petit monde et j’aime les petits mondes.

 

Ce bénévolat te donne-t-il des idées pour le futur, pour ta vie ?

– Oui tout à fait, de nombreuses idées.

En ce moment je travaille sur la mise en place d’ateliers artistiques pour les aveugles et les voyants. Il y aura plusieurs intervenants aveugles ou non dans des domaines variés, sculpture, création sonore, écriture, littérature, projets sportifs…

Ce projet à plusieurs buts. Cela permettra à nos amis aveugles d’avoir un lieu adapté dédié à l’expression artistique, où ils pourront exprimer ce qu’ils ressentent grâce à l’art et le partager au reste du monde.

Cela permettra aussi sortir de l’isolement certains aveugles et de faire connaître la cécité au public par le biais d’expositions ou d’événements. Des ateliers pour que chacun ait une place dans la société, handicap ou non. Pour l’instant, je fais des contacts le projet est naissant. Ouvert aux propositions et aux collaborations, l’histoire ne fait que commencer.

 

Merci Aymeric pour ton aide, ta présence et cet interview des plus inspirants.

– Merci à vous le CTEB de m’accorder cet espace de parole.

Aymeric Athiel (Tel. 06 75 09 45 03)

www.pictolegna.com

E-mail : aymeric.athie@hotmail.fr

Facebook: https://www.facebook.com/Pictolegna/

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