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Moitié gauche: un rond blanc sur une texture bleue. Moitié droite: l’affiche du film. Le rugbyman rentre de face sur le terrain en tenant 2 enfants par les mains

Interview : écolo-humaniste, la joie et la sobriété au quotidien ?

– Un guide pratique en braille –

 

Romain Haonfaure et Jean-François Rochas-Parrot sont « Les écolo-humanistes ». Leur livre « Vivre moins pour vivre heureux » ne pose aucune question. Il apporte au contraire des réponses pratiques, ludiques et déculpabilisées sur l’écologie humaniste au quotidien. Pas convaincus par la définition actuelle du développement durable, les deux auteurs proposent une autre lecture suivant 3 fondements : l’environnement comme nécessité, l’humain comme objectif, l’économie comme moyen. Réunir le meilleur des trois autour d’une notion de sobriété mais pas d’austérité. Une incitation pragmatique au changement individuel pour viser le changement culturel. Des réponses concrètes face aux crises sociales, environnementales, économiques et politiques actuelles, dont la science répète la dangerosité létale et implacable à qui veux l’entendre. Mais voulons-nous l’entendre ? Portant le poids de ses extrêmes capacités de résilience (adaptation à son environnement), la plus grande difficulté de l’être humain n’est pas d’agir mais de changer ses habitudes de pensée. Synthétiques, pédagogiques, ouverts, Romain et Jeff nous répondent sur ces sujets et la découverte de leur livre en braille que nous leur avons envoyé …

 

Bonjour Jeff, bonjour Romain !

 

1. Présentez-nous votre livre « Vivre avec moins pour vivre heureux ».

Couverture du livre "vivre avec moins pour vivre heureux".

Nous avons écrit “Vivre avec moins pour vivre heureux” pour faciliter la transition personnelle de chacun sous l’angle de la sobriété. Notre intention et de rendre visible des possibles pour laisser l’opportunité à chacun de creuser un sujet. Il est issu du travail que nous avons publié sur notre site internet petit à petit depuis 2014. Nous l’avons construit pour qu’il soit facile à lire autour de trois piliers :

  1. Ludique : il y a un défi à se lancer entre amis au début de chaque partie.
  2. Pratique : nous avons imaginé 100 actions concrètes pour agir au quotidien avec 3 niveaux de difficultés : petits gestes, grands pas et changement de vie !
  3. Accessible : il est illustré d’infographies et il est structuré pour faciliter le picorage d’idées à son rythme.

 

2. En tant que voyant et sachant que votre livre est très didactique et graphique, quel a été votre ressenti en découvrant votre livre en braille ?

Une grande surprise ! C’est très blanc ! Impressionnés par la taille de notre livre ainsi transcrit. Nous aimons beaucoup la sensation d’avoir un livre entre les mains habituellement, mais alors là, ça en fait un objet encore plus sensible. Et puis, même si on ne peut évidemment pas le lire, c’est très beau. Impressionnés également par l’impression recto/verso avec un petit décalage pour sentir les reliefs.

 

3. « Comprendre, simplifier, transmettre » est votre leitmotiv. De ces trois domaines, lequel est le plus dur à faire ?

Simplifier, certainement. En tout cas, c’est ce qui nous semble être notre plus-value. On aime bien comprendre le monde qui nous entoure et creuser les sujets qui nous intéressent. Cette première étape était assez naturelle avant le début du projet. Et il est beaucoup plus simple de transmettre un concept déjà simplifié. C’est donc bien simplifier qui est le plus complexe car il faut à la fois être assez concis et direct, sans pour réduire trop le concept. On est toujours sur une ligne de crête. Et puis il faut choisir un angle qui rende le sujet compréhensible et attrayant. À noter que chaque étape nourrit les précédentes. Simplifier permet de mieux s’approprier et donc comprendre. Et transmettre oblige à mettre en mot et en image notre simplification et de voir si les autres comprennent à leur tour.

 

4. Quelle est l’histoire de votre rencontre et collaboration professionnelle ?

Nous nous sommes rencontrés en 2005, juste après le bac. Nous étions dans la même chambre d’internat en prépa math. C’est d’abord notre intérêt pour le foot qui nous a réuni puis les questions politiques, économiques, environnementales, philosophiques, etc. Nous avons fait nos études chacun de notre côté pour finalement se retrouver à Lyon quelques années plus tard. Jeff a alors lancé l’idée de rendre visible des initiatives de la transition écologique et nous voilà partis !

 

5. Humaniste, ça veut dire quoi pour vous ?

Revenons à l’origine du projet. Dès le début, nous avons créé l’écologie humaniste comme une alternative au développement durable. Là où les 3 piliers du DD – économie, social, environnement – sont au même niveau, nous avons voulu les hiérarchiser. L’environnement est une nécessité, nous devons garder notre maison commune vivable. L’humain est l’objectif, nous cherchons à vivre heureux. Et enfin, l’économie doit redevenir un moyen de notre bonheur et non une fin en soi. Donc humaniste, c’est pour cette quête de la joie.

 

6. Vous prônez, comme beaucoup d’autres personnes et à juste titre, un changement de mode de vie pour sauver la planète. Les habitudes, dont dépendent les schémas de pensées, les automatismes, les réflexes, les attitudes, les traditions, … sont les choses les plus dures à changer dans la nature humaine. Alliées à la diversité des intérêts, des besoins immédiats et des cultures, changer de mode de vie semble voué à un temps très long ou à un malheur personnel impactant pour y arriver, non ?

En effet, nos habitudes sont souvent issues d’héritages et ancrées dans une culture commune. Il est donc difficile d’en changer. Pour accélérer les changements, il faut proposer un futur qui donne envie et rendre visible d’autres possibles. C’est là qu’on intervient ! Aujourd’hui, on parle de plus en plus des nouveaux récits, c’est à dire créer des imaginaires qui donnent envie d’aller vers un autre monde, plus humain et écologique.  Ensuite, c’est une question de majorité qui se construit. On peut donc avoir l’impression que c’est assez lent jusqu’au moment où la bascule vers ce futur désiré se fait. Sur cette question des nouveaux récits, nous nous retrouvons aujourd’hui personnellement comme nous étions devant le développement durable il y a 10 ans. Nous souhaitons donc dans la même optique de simplification, participer à diffuser ces nouveaux récits et parmi eux l’interdépendance nous paraît le récit le plus fécond… et nous travaillons dessus… à suivre !

 

7. Réduire, être sobre, moins consommer: ceux qui ont beaucoup … ont par définition beaucoup à épurer. Et ceux qui ont peu, veulent plus. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Premièrement, les plus riches ont un impact bien plus important que les plus pauvres. Donc l’effort de sobriété ou les contraintes légales sont à cibler prioritairement auprès des plus aisés.

Cependant, la sobriété volontaire est plus facile quand on a du temps et de l’argent. Ça permet de pouvoir faire un pas de côté, prendre du recul sur ses habitudes, de les questionner et de chercher des alternatives. C’est pour cela que nous militons en parallèle pour un revenu universel suffisant. Nous l’avons appelé le REVE pour Revenu Émancipateur pour Vivre Épanoui que nous avons détaillé dans un autre livre. À notre avis, il permettrait des changements collectifs et individuels au service d’un monde plus humain et écologique.

 

8. L’écologie et la solidarité, c’est politique ?

Oui sans hésitation. À la fois parce que ça touche concrètement la vie des gens et aussi parce que ce sont deux incontournables de la vie en société. Prendre soin les uns des autres, vivre ensemble en lien avec le vivant, travailler à la soutenabilité écologique de notre société sont des éléments à prendre en compte dans un projet politique. Ce sont des choix à faire et des projets de société à construire ensemble.

 

9. Boris Cyrulnik écrit : « Nous venons de comprendre que l’homme n’est pas au-dessus de la nature, n’est pas supérieur aux animaux, il est dans la nature. La domination, qui a été une adaptation pour survivre, aujourd’hui ne produit que du malheur. » Pour vouloir la sauver cette nature, il faudrait de nouveau l’aimer autant que nous, non ? Comment retrouver ce lien à elle, aux autres êtres vivants et au minéral qui sont en synergie avec nous et font notre croissance ?

À l’occasion de la sortie du film « Animal », Cyril Dion disait « on protège ce qu’on aime et on aime ce qu’on connait ». Un bon début serait donc de mieux connaitre la nature. Pour cela, on peut avoir deux approches complémentaires. Une théorique : on peut changer son regard sur la nature en lisant des personnes comme Bruno Latour ou Baptiste Morizot pour qui nous devons nous considérer (à nouveau) un vivant parmi les vivants. L’autre pratique et concrète : renforçons nos liens avec le sauvage, dès l’enfance, allons plus dehors pour observer, ressentir, y passer du temps, y dormir, etc. Au-delà de l’amour, c’est aussi par une prise de conscience de nos interdépendances que nous trouverons un équilibre. Prendre soin de la nature, c’est prendre soin de soi-même.

 

 10. Un dernier mot ?

Très heureux que notre livre soit accessible aux personnes malvoyantes et non-voyantes. Bravo et merci au CTEB pour ce travail de transmission que vous faîtes !

Denis Guérin.

Le livre en braille ici :

https://www.cteb.fr/librairie/nouveautes/vivre-avec-moins-pour-vivre-heureux/

 

Présentation du livre par ses auteurs ici :

En savoir plus / ressources :

  • Leur site internet :

lesecolohumanistes.fr

  • 2 livres : « Vivre avec moins pour vivre heureux », éditons Rustica et « Le REVE, un revenu universel suffisant comme outil de la transition sociale et écologique » auto-édité et disponible à prix libre sur leur site.
  • Un kit de prêt entre voisins, des autocollants à mettre sur votre boite aux lettres pour dire à vos voisins les objets que vous pouvez leur prêter : perceuse, escabeau, fer à repasser, appareil à raclette, etc.
  • Disponibles pour des interventions sur la sobriété ou le revenu universel.
  • Réseaux sociaux : Facebook, Instagram, Twitter, Youtube.

Tous leurs contenus sont en licence CC-BY-SA, ce qui veut dire que vous pouvez les consulter, les partager et même les modifier avec pour conditions de citer les auteurs et de laisser les modifications éventuelles sous cette même licence.

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